Un reportage de Solenn Honorine, à Johannesburg, en Afrique du Sud

Tebogo Maila, productrice du film « La lobola de Fanie Fourie » : « Vous savez, lorsque les gens voient une jeune femme Noire et un gars blanc marcher ensemble dans la rue, on ne devrait pas en avoir peur parce qu'après tout, il ne s'agit que de deux personnes amoureuses ! »

En Afrique du Sud, une comédie romantique, « La lobola de Fanie Fourie », est sortie le mois dernier. Une sorte de « Roméo et Juliette » à la sauce sud-africaine et l’histoire de Fanie Fourie, un jeune homme Afrikaner blanc, qui tombe amoureux de Dinky Magumbane, une jeune femme zouloue, et doit s'engager dans les négociations pour payer la lobola, la dot que l'homme doit payer à la famille de la femme pour pouvoir l'épouser.

Une histoire drôle, un film léger, qui s'attaque à un sujet pourtant ô combien sensible dans le pays : le choc culturel entre Blancs et Noirs, dans cette « nation arc-en-ciel » post-Apartheid.

Pour les Noirs, le paiement de la lobola est une marque de respect envers les parents qui ont élevé la jeune fille à marier. Pour les Blancs, même vingt ans après la chute de l'Apartheid et la décriminalisation des relations romantiques et sexuelles mixtes, cela reste un mystère. Nape a Montana, 67 ans, est l'auteur du livre dont le film s'est inspiré.

Nape Montana : « Quand j'étais jeune, c'était juste inimaginable ! Ceux qui prenaient ce genre de risques étaient arrêtés par la police. Mais maintenant les lois ont changé, et je pensais que ça serait marrant comme situation ! »

Dans un pays aussi divisé que l'Afrique du Sud, le choc des cultures crée un terreau bien riche pour la création artistique, explique Henk Pretorius, le réalisateur du film.

Henk Pretorius : « Parce que je pense que, pour être tout à fait honnête, c’est marrant que l'on ait encore des problèmes les uns avec les autres, et je trouve ça drôle que les gens s'accrochent toujours à leurs traditions au lieu d'en créer de nouvelles ! Et parce que j'ai grandi dans une société où la question de la couleur de la peau reste si importante, qu’il fallait bien que je regarde l'aspect drôle, l'aspect léger de cette question . »

Pourtant le film n'hésite pas à confronter les problèmes interraciaux de l'Afrique du Sud actuelle : le racisme ouvert des parents, les a priori de chaque groupe envers l'autre...

Fanie est un jeune homme immature, qui vit chez sa mère dans le confort hérité par des siècles d'exploitation de la main d'œuvre noire. Dinky, elle, est déterminée à échapper à son township natal et devenir une femme d'affaires à succès. C'est à eux deux, la génération de ceux qui sont nés après la libération de Nelson Mandela, d'inventer l'Afrique du Sud de demain, explique le réalisateur Henk Pretorius.

Henk Pretorius : « La nation arc-en-ciel est une belle idée, mais je ne crois pas que ça existe parmi les gens de ma génération. C'est bizarre, mais en fait nos amis restent les gens avec qui on a été à l'école. Ce n'est pas quelque chose que l'on rejette, mais je pense que ce sont les différences culturelles qui rendent cela difficile. Et c'est le genre de questions auxquelles ont veut trouver une réponse dans « La lobola de Fanie Fourie ». Pour qu'on puisse dépasser ces problèmes . »

La réponse peut être dans cette chanson, écrite par le frère de Fanie, qui, dans le film, est une star du rock afrikaner. Même s'il lui a fallu du temps pour accepter une belle-sœur zouloue, il apprend à en tirer profit en en sortant un tube : une chanson d'amour, en afrikaans –la langue officielle imposée durant l'apartheid– qui célèbre la beauté d'une jeune Zouloue, comme un hymne à cette nation arc-en-ciel en devenir.

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