A Addis Abeba, capitale de l’Ethiopie, on pourra bientôt se déplacer en tramway.

Par Grégoire Pourtier.

Le développement éthiopien par les énergies renouvelables
Le développement éthiopien par les énergies renouvelables © Radio France

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Entre ses larges bidonvilles et ses quelques buildings modernes, la capitale éthiopienne va en effet disposer d’ici quelques mois d’un « train léger », une infrastructure encore extrêmement rare en Afrique, constituée de 39 stations et quelques 41 véhicules.

Il faut de l’imagination pour visualiser la révolution que ce nouveau moyen de transport va provoquer, et de la patience pour supporter les travaux bloquant des quartiers entiers.

A l’image de ce tramway au coût de 475 millions de dollars, l’Ethiopie promeut le développement rapide. Les autorités se soucient peu des conséquences sociales immédiates : à Addis Abeba, des dizaines de milliers de personnes doivent être déplacées.

Behailu Sentayehu est le responsable du projet de construction du tramway de la ville :

Nous prévoyons de terminer ce chantier en janvier 2015, et le gros œuvre avance de façon intensive. Les seuls endroits où nous n’avons pas pu démarrer la moindre activité sont ceux où il y a des contraintes, lorsque nous sommes bloqués par des maisons, des câbles ou des tunnels souterrains. Cependant, au regard de la longueur de nos deux lignes, nous pouvons dire que nous avons presque réglés tous ces contretemps, même s’il y a encore par exemple quelques personnes qui doivent être déplacées.

Les lignes sont installées sur les principales artères de la ville, qu’il a souvent fallu élargir en détruisant la première rangée de maison ou de magasin, donnant une idée de ce qu’on pu être les grands travaux haussmanniens, il y a 150 ans à Paris.

Haregot Alemu est responsable du renouveau urbain pour la mairie d’Addis Abeba :

Au niveau local, le plan de développement est préparé avec une forte participation de la population. Le devenir de chaque parcelle de terrain est discuté, et nous pouvons ainsi présenter une vision globale pour chaque zone spécifique.

Les habitants de la capitale sont nombreux à dénoncer les méthodes autoritaires du régime, qui ne s’embarrasserait pas de longues discussions et de remises en cause.

Il suffit par exemple de se promener le long de la profonde tranchée coupant littéralement la ville e deux depuis le centre-ville jusque la sortie ouest.

La maison de Zenawdu habitante et ancienne restauratrice a déjà disparu, elle vit maintenant avec les quinze personnes de sa famille dans deux pièces louées au gouvernement :

Je n’ai plus de quoi faire tourner mon commerce. Avant, j’avais un restaurant, et mêmes quelques chambres à louer. Mais on est venu m’annoncer un jour qu’il me fallait partir immédiatement, car les bulldozers allaient raser le bâtiment. On ne m’a pas laissé le choix, et j’ai du accepter une compensation basée sur mes revenus, et largement sous-évaluée. D’ailleurs, je l’attends toujours…__

Plus généralement, alors que les bidonvilles représentent encore officiellement 80% de l’habitat d’Addis Abeba, le régime mène, au forceps, une politique de relogement dans des barres d’immeuble, souvent en périphérie.

900.000 nouveaux appartements verront ainsi le jour dans les prochaines années.

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