Un reportage de Marielle Vitureau, à Tallinn, en Estonie

Veiko, usager des transports en commun : « Pour les usagers qui dépensent beaucoup d’argent dans les transports en commun, la gratuité est certainement une bonne solution, mais il faudra quand même voir si, à la longue, le système fonctionne bien. »

Vei ko est usager des transports en commun à Tallin, capitale de l’Estonie, où depuis le 1er janvier dernier, se déroule une vraie petite révolution, puisque Tallinn est devenue la première capitale européenne à proposer la gratuité des transports en commun pour ses résidents. Près de 420 000 personnes sont concernées par cette mesure.

Le Quartier Nouveau Monde, à Tallinn : Uus Maailm
Le Quartier Nouveau Monde, à Tallinn : Uus Maailm © Radio France / Caroline Gillet

Une initiative proposée par le maire, Edgar Savisaar, et votée par référendum, mais qui a aussi ses détracteurs. Ces derniers y voient une manœuvre politique à la veille des élections municipales qui se dérouleront cet automne.

Acquisition de nouveaux bus, aménagement de voies prioritaires pour les transports publics, financement assuré... Pour compenser 12 millions d’euros perdus avec l’arrêt de la vente des billets, la municipalité espère attirer les Estoniens pour qu’ils s’installent dans la capitale et y payent leurs impôts. A la mairie de Tallinn, personne ne doute de ce projet. L’objectif est double pour Taavi Aas, le vice-maire en charge des transports.

Taavi Aas: « A Tallinn, nous avons chaque année un nombre de voitures de plus en plus important. Avec les transports en commun gratuits, nous pourrons avoir moins de voitures dans la ville, ce qui signifie également un meilleur environnement, et puis les salaires sont relativement bas en Estonie. Avec la gratuité, une famille avec deux enfants peut économiser plus de 50 euros par mois, ce qui est une somme importante en Estonie. »

__

Viru Keskus, c’est l’arrêt principal des bus dans le centre de Tallinn. Ils y transitent tous. Molle attend de rentrer chez elle après une journée de travail. Le projet de la mairie ne la convainc pas totalement.

Molle: « Je ne sais pas comment les réseaux vont fonctionner après le changement. J'espère que les bus seront propres, parce que pour moi, actuellement, c‘est vraiment un inconvénient. Souvent les bus sont bondés et sales. Si un nouveau système est mis en place, il faut que le réseau et les dessertes soient vraiment bien organisées pour que cela en vaille la peine Souvent, j'utilise ma voiture car il est encore compliqué d‘atteindre certains endroits en bus. »

__

Les détracteurs du projet sont nombreux. Depuis leur mise en service, il y a 50 ans, les 4 lignes de tramway n’ont connu aucun investissement majeur. Où la société de transport trouvera-t-elle les moyens d‘améliorer les infrastructures s‘interrogent les spécialistes ? Les arguments contre sont aussi politiques. Ce projet sera un élément clé dans la campagne électorale pour les prochaines élections municipales.

Marek Strandberg du parti des Verts estoniens : « Cette idée est tout simplement populiste. Il ne faut pas oublier les prochaines élections municipales. Evidemment, le parti qui dirige Tallinn veut montrer qu’il est capable de réaliser des projets pour le bien des habitants. Mais ses électeurs font partie des classes pauvres, se trouvent parmi les russophones. Ce projet de transport gratuit est une idée qu’ils apprécient. »

__

Les autres partis politiques ne cachent pas qu’ils pourraient même rejeter le projet et l’annuler, s’ils remportaient les municipales à l’automne 2013. Mais l’actuel maire croit dur comme fer aux transports gratuits, ce qui permettrait à Tallinn de devenir, selon lui, une prétendante sérieuse au titre de capitale européenne verte en 2018.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.