Un reportage de Mirel Bran, en Roumanie

Bernard Jaquet, fermier suisse installé en Roumanie:

On n’amène pas à manger à la vache dans la ferme, mais la vache va manger dans les pâturages. Ici, ça peut devenir le Texas de l’Europe !

Fermiers occidentaux en Roumanie
Fermiers occidentaux en Roumanie © Mirel Bran

La Roumanie est, comme le dit ce fermier suisse, le pays où l’avenir de l’agriculture biologique européenne pourrait bien se jouer. Car depuis son entrée dans l’Union européenne en 2007, la Roumanie est devenu le nouvel Eldorado des agriculteurs.

Notamment pour les fermiers suisses qui, découragés par le prix des terres dans leur pays, se ruent sur la campagne roumaine.

Des montagnes à perte de vue, des pâturages, et un fermier de Lausanne. Il ne manque plus que les chalets en bois pour se croire en Suisse.

Bernard Jaquet s’est installé ici depuis trois ans et possède un troupeau d’une centaine de vaches qu’il élève au grand air, comme en Argentine. Un projet qu’il ne peut pas imaginer dans son pays.

La moyenne du domaine en Suisse est de quarante ou cinquante hectares. Et c’est déjà quelque chose de grand ! Dans le pays de Vaud, quatre-vingt hectares ce sont de très grandes propriétés. Ici, j’ai pu louer six cents hectares en quelques mois.

Le costume tiré à quatre épingles et les salons d’hôtels de luxe, c’est terminé pour cet homme d’affaires transformé en cowboy au milieu des Carpates. Bernard Jaquet prend la route pour rendre visite à ses partenaires. A deux cents kilomètres d’ici des Suisses alémaniques ont acheté quelques milliers d’hectares de pâturage pour élever leurs vaches. Des millions d’hectares de terrain agricole, des prix qui peuvent être jusqu’à quarante fois moins élevés qu’en Europe de l’Ouest et des subventions européennes : la Roumanie est tout simplement prise d’assaut.

Bernard Jaquet :

Ici, il y a le potentiel de pâturage pour faire de l’élevage extensif, qui est synonyme d’élevage biologique et écologique puisqu’on n’emmène pas à manger à la vache dans la ferme, mais c’est la vache qui va manger dans les pâturages. Ici, ça peut devenir le Texas de l’Europe.

Nous arrivons à Nocrich, petit village niché dans les Carpates. Ici, deux Suisses alémaniques gèrent 4.000 hectares de terre, où ils élèvent les fameuses vaches à viande de la race Angus.

A l’heure où nourrir la population mondiale est devenu un enjeu stratégique, leur objectif n’est rien de moins que d’alimenter en viande toute l’Europe.

Samuel Widmer :

C’est maintenant qu’il faut investir en Roumanie. C’est le bon moment. Nous sommes de ceux qui se lèvent tôt. Nous sommes venus ici à temps parce que mettre en place une ferme de cette taille prend des années.

L’élevage extensif, mais aussi l’agriculture biologique.

Lukas Kelterborn :

Ces produits venaient jusqu’à présent de Chine, du Canada ou des Etats-Unis. Il est donc logique que l’on essaie maintenant de les produire en Europe.

A deux mille euros l’hectare, le calcul est vite fait pour ces agriculteurs. Et le bruit de ce juteux business est en train de se répandre en Europe de l’Ouest. Français, Allemands, Italiens, Britanniques : ils sont de plus en plus à venir investir. Pour eux, la Roumanie est devenue l’Eldorado de l’agriculture en Europe.

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