Un reportage de Nicolas Ropert, à Tel Aviv, en Israël

Yehuda Shaul, est l'un des fondateurs de l'ONG « Breaking the silence » :

A la minute où j'ai arrêté de penser comme un soldat, mon monde s'est effondré. Parce que la logique militaire n'avait plus de sens pour moi. Et c'est ce sentiment qui m'a amené à être là où on est aujourd'hui.

Breaking the Silence - rassemblement à Tel Aviv pour les 10 ans de l'organisation
Breaking the Silence - rassemblement à Tel Aviv pour les 10 ans de l'organisation © Breaking the Silence

Yehuda Shaul est l'un des fondateurs de l'ONG israélienne « Breaking the silence », littéralement « rompre le silence » qui fête ses 10 ans cette année. Depuis une décennie, Yehuda et d'autres anciens soldats évoquent en public le rôle des soldats israéliens dans les territoires palestiniens.

Leurs témoignages, accompagnés de photos et de vidéos, invitent les Israéliens à prendre conscience et à se sentir responsables de ce qui se joue dans les territoires palestiniens.

Pour leurs 10 ans, les militants de l'ONG israélienne Breaking the silence, ont lu des textes écrits par d'anciens soldats.

L'objectif est toujours le même : tenter de lancer un débat public sur la présence militaire israélienne dans les territoires palestiniens.

Gil Hillel , qui a fait ses deux ans de services militaires, obligatoire aussi pour les Israéliennes, raconte :

J'ai lu ma propre histoire. A l'époque j'étais à Hébron. J'ai raconté les violences des colons. Je ne comprenais plus qui je devais surveiller, si je devais protéger les Juifs, pourquoi ils cherchaient le conflit en allant provoquer les Palestiniens… Et pourquoi je devais les sortir de là. Et après ce moment-là, j'ai mis encore beaucoup de temps à rompre mon silence.

Ces témoignages ont permis à la société israélienne de prendre conscience de la réalité qui se joue dans les territoires, estime Yehuda Shaul, co-fondateur de Breaking the Silence . Mais il reste encore beaucoup à faire, selon lui :

Nous ne sommes satisfaits que l'occupation se poursuive. Nous ne sommes pas satisfaits sur le fait que la société est encore beaucoup trop silencieuse. Il y a plein de choses qui ne nous satisfont pas... Mais si vous êtiez venu il y a 10 ans me dire qu'aujourd'hui, je serai là avec plus de 950 personnes qui ont rompu leur silence, je pense que je vous aurais ri au nez. L'histoire est connue maintenant. Et personne ne peut ignorer la vérité de ce qui se passe dans les territoires occupés.

Alors qu'une foule de curieux et de militants assistent à la poursuite des lectures, des opposants viennent perturber cette cérémonie en plein air. Des nationalistes qui accusent d’antisémitisme les militants de l'ONG.

Une réaction qui ne surprend pas Avner Gvaryahu , lui-même ancien soldat, aujourd'hui porte-parole de l'organisation :

Dès que l'on souhaite apporter du changement, où que l'on soit, quelle que soit la société, quelle que soit la communauté, on doit faire face à des résistances. C'est le cas pour n'importe quelle lutte au monde, sur n'importe quel sujet, on subit toujours une opposition. Je pense même que lorsqu’on est face à une résistance, c'est que l'on change les choses. Nous n'essayons pas de nous taire. Nous essayons de rompre quelque chose. C'est le propre de notre identité. Et rompre quelque chose, c'est toujours un processus difficile.

Les résultats des dernières élections législatives en Israël ont donné une majorité aux partis qui souhaitent poursuivre l'occupation et la colonisation. Les militants de l'ONG classée à gauche, savent qu’ils sont encore loin d'avoir gagné leur combat.

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