Un questions-réponses réalisé avec Thibaut Cavaillès, en direct de Tunis, en Tunisie

Membres d'Ennahda, Tunisie
Membres d'Ennahda, Tunisie © Amine Ghrabi

En Tunisie, le gouvernement islamiste modéré a autorisé tout récemment un premier groupe salafiste à se constituer en parti politique : le « Front de la réforme ».

Jusqu'en septembre dernier, les partis politiques religieux étaient interdits dans le pays, mais un décret-loivient de changer la donne.

Que signifie la présence de salafistes dans le jeu politique tunisien et quel est ce parti, le Front de la Réforme ?

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C'est une bonne question, puisqu'ici, les politologues disent ne connaître ni le parti, ni son fondateur, Mohammed Khouja.

En fait, l'organisation serait une émanation du Front islamique tunisien, créé dans les années 80 et à qui l'on impute le meurtre de 4 policiers et 7 militaires. Un mouvement fondé par un certain Rached Ghannouchi, leader du parti actuellement au pouvoir, Ennahda.

J'ai rencontré le président fondateur du Front de la Réforme. Il ne ressemble pas aux salafistes qu'on a l'habitude de voir, avec longue barbe ou djellaba. Il est en costume, barbe courte, une sonnerie de téléphone techno et un français parfait. Il est donc tout à fait rassurant, loin des salafistes djihadistes aux discours haineux et inquiétants.

- Et quelles sont les idées prônées par le Front de la réforme ?

D’abord, ses dirigeants ont dû promettre de ne pas avoir recours à la violence pour imposer leurs idées. C'est ce que font, en général, les djihadistes, pour voire l'islam « vaincre » disent-ils. Le Front de la réforme, lui, a accepté de jouer le jeu politique. Ses idées restent celles des musulmans les plus intégristes, c'est-à-dire n'ayant pour modèle que le Coran. Ils veulent donc imposer la charia.

Pas par la force, mais par la persuasion. Exemple : le voile. « Ce sera aux femmes tunisiennes de choisir », assure Mohammed Khouja. Je lui ai posée également la question de la polygamie et là, la réponse est très surprenante : « Que vaut il mieux entre une femme officielle et deux maîtresses, comme c'est le cas en Europe, et trois femmes officielles ? ». Les Européens apprécieront… En tout cas, là encore, la polygamie ne sera pas imposée, promet-il. La méthode, en fait, c'est plutôt la persuasion.

- Ce parti que personne ne connaît serait donc né d'une organisation fondée par le leader du mouvement Ennahda aujourd'hui au pouvoir. Est-ce que tout cela ne laisse pas penser à une manœuvre du gouvernement ?

Oui, cela ressemble à une manœuvre en deux temps.

D'abord, diviser les salafistes - et ça semble fonctionner. Les djihadistes que j'ai pu rencontrer lors d'un meeting dimanche dernier, ne donnent aucun crédit au front de la réforme, moins véhément, plus présentable et plus fréquentable.

Le but, donc –et c'est le deuxième temps de la manœuvre- c’est d’attirer un électorat qui s'avèrera fort utile pour les prochaines élections, présidentielle et législative, qui auront lieu début 2013.

Cet électorat permettra à Ennahda de constituer des alliances plus logiques que celles du dernier scrutin, où le parti islamiste a dû composer avec d'autres partis de centre gauche, bien éloignés des ses idées.

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