Un questions-réponses réalisé avec Carrie Nooten, en direct de Singapour

graffiti (Vancouver, Canada)
graffiti (Vancouver, Canada) © Radio France / huipiiing
Off the Wall - Kongo
Off the Wall - Kongo © Off the wall /

A Singapour, l’exposition « Off the Wall » (« Hors les murs ») se déroule cette semaine.

Il s'agit d'une exposition particulièrement subversive puisque ce sont des toiles de graffitis que l’on peut y voir.

Des graffitis qui, comme vous le savez peut-être, sont particulièrement réprimés ici dans cette cité-état obsédée par la propreté. On avait évoqué à l’antenne l’an dernier ce jeune Suisse qui avait écopé de cinq mois fermes et de trois coups de bâton pour avoir tagué une rame de métro. On ne badine pas avec les bombes de peinture ici ! Pourtant, force est de constater que l’exposition « Off the Wall », si elle ne dure qu’une semaine, a permis une petite ouverture.

On comprend mieux en apprenant qu’elle a été organisée par des Français : Claire Piton-Thibaud et Claude Kunetz de la galerie parisienne Wall Works. Reste que neuf artistes singapouriens ont exposé auprès de neuf figures françaises plus matures du « street art » tricolore. Fenx (Phoenix), Colorz, Lazoo ou Ceet (City), tous présents dans le paysage depuis vingt ans, ont montré que le graffiti, c'était aussi un art. Ils ont permis d’atténuer cette image négative qui lui colle à la peau ici. La scène singapourienne a pu sortir de l’ombre. Et ces artistes ne s’en sortent pas mal du tout.

- Hormis ces artistes, d’autres Singapouriens s’intéressent-ils au graffiti ?

Le grand public a découvert tags et graffitis il y a seulement dix ans et à l’époque, ils ne les voyaient vraiment pas d’un bon œil, il fallait suivre la ligne martelée ici.

Depuis cinq ans environ, il y a un véritable engouement chez les jeunes. Des ateliers tags sont organisés dans les écoles, mais toujours sur des toiles ou de « faux murs » en bois.

Finalement, en 2007, sous les demandes répétées, après avoir réfléchi quatre mois –un délai particulièrement long lorsqu’on connaît la réactivité de l’administration singapourienne- le Conseil national des Jeunes a construit deux murs en plein centre ville, sur lesquels il est permis de taguer… Mais sous réserve de l’obtention d’une autorisation préalable !

-Cela reste donc malgré tout très contraignant d'exercer l'art du graffiti à Singapour

Effectivement. On est en totale contradiction avec la philosophie-même de cet art, qui se base surtout sur l'improvisation et sur un support bien particulier : le mur dans la rue. Les figures singapouriennes s'organisent et contournent la loi comme elles le peuvent. Cela a même parfois un rôle de catalyseur sur leur créativité.

Et finalement, ils s'emparent des murs privés : des collectionneurs viennent de plus en plus souvent leur demander de venir taguer chez eux directement. Il y a donc fort à parier, étant donné qu'on trouve pas mal d'investisseurs dans cette région d'Asie, que l'on retrouvera les tags dans les galeries ou les ventes aux enchères !

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