Un reportage de Julie Vandal, à Ikeja, quartier populaire de Lagos, la capitale économique du Nigeria

Kinksley, voisin de Fela : « Fela était une institution pour les gens qui habitaient à coté. C'était l’homme du peuple, le président des Noirs. Je vivais dans le quartier quand il s’est installé en 1978 et j’ai beaucoup appris de lui »

Musée Kalakuta-dernière demeure de Fela Kuti
Musée Kalakuta-dernière demeure de Fela Kuti © Julie Vandal

Kinksley, la cinquantaine, rend hommage à son ancien voisin, Fela Anikulapo (Kuti, alias Fela, célèbre activiste politique, compositeur multi-instrumentiste et génial inventeur de l’Afro-beat, cette musique mélange de rythmes traditionnels, de jazz et de Funk.

A Lagos, au Nigeria, un musée dédié à ce grand nom vient d’ouvrir ses portes. Un hommage important car si le musicien, disparu il y a 15 ans, est reconnu sur la scène internationale, il a longtemps été controversé voire décrié dans son propre pays.

C’est ici, dans ce havre de liberté sous les dictatures militaires, que Fela Anikulapo Kuti a résidé jusqu'à sa mort, en 1997.

C’est ici qu’il a été enterré. La maison, décatie et squattée par les jeunes du quartier, a été rénovée et transformée en musée.

Une partie des effets personnels du roi de l’afro-beat sont réunis entre ses murs.

Yeni est l’ainée des enfants Kuti. C’est elle qui a piloté la restauration de la demeure familiale.

Yéni : « Cette Une de journal, c'était en 1977. La maison avait été brûlée. On ne l’a pas vu pendant une semaine, on pensait qu’il était mort. On ne savait plus où il était. C’est aussi là que notre mère est morte. Ce sont de très mauvais souvenirs ».

Pour le musicien Femi Kuti, un musée dédié au paternel était une nécessité.

Femi Kuti : « Ce qui est incroyable c’est que ses chansons, qui ont été écrites au début des années 70 parlaient de l’absence de routes, d'électricité, d’un système éducatif et de santé inexistant. Aujourd’hui, quarante ans plus tard, les jeunes vivent dans les mêmes conditions que ce que dénonçait Fela. Si on ne préservait pas cet héritage, on ne serait pas à même de tirer les leçons de l’histoire »

Et pour cause : plus qu’un compositeur talentueux, Fela était surtout un activiste hors norme, critique à l’égard des hommes politiques, de la corruption et des religions monothéistes. Son franc parler lui a valu quelques passages par la case prison. Kunle n’a pas oublié ses premières impressions du rebelle...

Kunle : « Dans mon enfance, quand je voyais des images de Fela à la télé. Il était toujours vêtu d’un slip et il était la tranquillement assis dans son salon, devant une dizaine de journalistes, à parler comme ça, en fumant, sans aucune gène. Je demandais à ma mère : ‘mais pourquoi est-ce qu’il ne porte pas de vêtements, il est presque tout nu ?’. Et elle me répondait ‘c’est comme ça, ne cherche pas’ »

Fumeur de marijuana, marié à 27 femmes, Fela avait tout du mauvais garçon. Une réputation sulfureuse qui a longtemps dérangé l’élite nigériane. Mais aujourd’hui, les choses changent: Fela est progressivement réhabilité et les jeunes se découvrent une idole.

Winos Malton, 20 ans, était de l’équipe qui a élaboré ce musée.

Winos Malton : « J’avais une connaissance réduite de Fela. Dans le cadre de ce projet, j’ai du faire des recherches, lire des ouvrages, aller sur Internet, me renseigner sur sa vie. En fait, je connaissais plus sa musique que son activisme. Il était la voix du peuple, il faisait croisade pour nous »

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.