Un reportage de Gabriel Kahn, à Manille, aux Philippines

Jina, mère de six enfants : « Notre maison est toujours noyée, un mois après les inondations. Nous avons tout perdu et nous manquons de nourriture »

Après la mousson
Après la mousson © françois_thomas02

Jina, son mari et ses six enfants, font partie des milliers de personnes réfugiées dans un centre d’évacuation de Manille, depuis plus d’un mois.

Mi-août, des pluies torrentielles ont aggravé les effets de la mousson qui venait de frapper le pays, touchant plus de 3 millions de personnes et faisant des dizaines de morts.

Comment vivent les Philippins après cette catastrophe ?

Aux Philippines les conducteurs aiment klaxonner à tout bout de champ. Mais dans les villes inondées depuis plus d’un mois, les habitants circulent sur des embarcations de fortune et c’est désormais leur voix qui sert de klaxon.

Ici, à Taguig, sur la rive du lac Laguna de Bay, l’eau s’élève encore à près d’un mètre. La plupart des habitants ont décidé néanmoins de rester dans leurs maisons, dont ils ont surélevé le plancher avec des caisses en bois. Aujourd’hui, plusieurs tentent de pêcher depuis leur fenêtre. Le terrain de basket s’est transformé en piscine.

Selon le Département de la protection sociale et du développement, plus de 300 000 personnes vivent encore dans des centres d’évacuation ou dans des maisons en partie immergées, parmi lesquelles Remy Texon, une femme de la cinquantaine, assise impassiblement sur un bateau de fortune, avec son chien et son mari.

Remy Texon : « Ma maison, que vous voyez là, est inondée. Je dors dans le camp de déplacés, ou parfois ici, chez mon beau-frère »

Comme beaucoup d’autres, Remy Texon passe ses journées à faire la navette entre sa maison inondée et un camp de déplacés situé en surplomb. Une trentaine de famille vit là, collées l’une contre l’autre, sous des toiles en plastiques. Depuis leur abri de fortune, elles voient leurs maisons sous les eaux.

Une autre femme réfugiée : « Nous vivons les uns sur les autres ici. C’est trop petit, ici. On essaie d’obtenir de l’eau potable auprès de la municipalité, mais c’est loin... Vous voyez, ma maison est là-bas, au milieu des jacinthes d’eau »

Des enfants jouent dans l’eau, mais une immense lassitude se lit sur le visage des adultes, épuisés par trois jours d’inondations et qui réalisent, entre deux averses, qu’ils ont tout perdu. Ruby Rodolfo participe aux secours apportés par la mairie.

Ruby Rodolfo : « On leur a déjà apporté un peu d’aide. Mais on n’a pas assez de bois, parce qu’il y a beaucoup trop d’endroits inondés par ici, autour de notre communauté »

Dénués de tout, les déplacés joues au cartes et chantent le karaoké.

A ce jour, plus d’un mois après les fortes pluies de moussons qui ont inondé la région de Manille, 19 villes demeurent sous les eaux. Les autorités pensent qu’il faudra encore deux mois, si aucun typhon ne touche cette région d’ici là, avant que les habitants ne puissent retourner chez eux.

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