Un reportage de Reza Nourmamode, à La Paz, en Bolivie

Adolfo Mendoza, sénateur de la majorité présidentielle :

Il s’agit d’avoir une posture réaliste. Le but de cette mesure est de générer un système de protection de l’enfance dans le cadre du travail des enfants.

Bolivie, 2005
Bolivie, 2005 © DR Raymond Depardon

Adolfo Mendozajustifie ici une mesure qui fait polémique: l’abaissement de l’âge légal pour travailler qui passe de 14 à 10 ans. Car en Bolivie, le nouveau Code de l’Enfant et de l’Adolescent promulgué en juillet dernier, stipule que le travail infantile permet d’acquérir une « conscience sociale ».

Une première mondiale qui provoque le débat en Bolivie, l’un des pays les plus pauvres d’Amérique du sud, et où un mineur sur trois travaille d’après l’Unicef.

L’avenue du Prado, dans le centre-ville de La Paz. Comme chaque matin, Isabelle, 11 ans, cire les chaussures des passants pour 20 centimes d’euros la paire :

Ma mère ne travaille pas, mon père est cireur de chaussures et ne gagne pas assez d’argent. J’ai donc décidé de travailler pour aider mon père à m’acheter les fournitures scolaires, pour que ma mère puisse acheter de quoi cuisiner, et aussi pour mes vêtements

Il y aurait en Bolivie au moins 850 000 enfants et adolescents travailleurs pour à peine 10 millions d’habitants.

Sous l’impulsion du président Evo Morales, le pays vient d’abaisser l’âge légal du travail à 10 ans sous certaines conditions comme l’obtention du même salaire minimum que les adultes, soit environ 150 euros mensuels.

Des mesures qui étaient réclamées par le syndicat bolivien des enfants travailleurs.

L’un de leurs délégués, Yaguar Mamani, 10 ans :

14 ans c’était trop vieux, les plus jeunes ne pouvaient pas travailler. C’est comme moi: je n’étais pas protégé avant, mais désormais, je peux travailler tranquillement. Si je travaille, c’est que je veux être utile à ma famille, je veux devenir quelqu’un.

Javier Zavaleta est député du MAS, le parti au pouvoir. Pour lui, il y avait urgence à regarder la réalité en face :

La majorité des pays sont dans l’imposture. D’un côté, ils se vantent de respecter les conventions internationales, de respecter un certain âge limite, mais d’un autre côté, leurs enfants continuent de travailler dès l’âge de 7, 8 ou 9 ans, et ça on le voit au Brésil, en Argentine, au Pérou et même aux Etats-Unis. Nous, notre démarche, c’est d’abord d’essayer d’améliorer la situation de nos enfants qui travaillent.

Le gouvernement bolivien a également affiché l’objectif ambitieux d’éradiquer les causes du travail infantile d’ici à 2020.

La démarche ne convainc pas Marcelo Claros, du service de défense des droits des enfants à La Paz :

Au-delà du fait de ne pas respecter une convention internationale, nous sommes en train d’habituer des enfants de 10 ou 11 ans à travailler. Nous les incitons à considérer qu’ils peuvent générer des revenus, et nous nous dirigeons vers une augmentation de la désertion scolaire.

87% des enfants travailleurs boliviens exercent une activité dangereuse, comme le travail dans les mines de fond ou encore la récolte de canne à sucre.



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