Un reportage de Laurent Geslin, à Kiev, en Ukraine

Sacha : « A mon avis, travailler durant l'Euro sera plus difficile pour les filles. Les gens seront ivres, les supporters seront déçus ou tout excités. Cela sera la débauche et le chaos »

Talons rouges
Talons rouges © frizzetta

Après avoir été prostituée durant plusieurs années, Sacha est désormais administratrice d'un club de striptease à Kiev, un travail qu'elle apprécie et qui lui permet d'éviter d'avoir à vendre son corps.

Dans la capitale ukrainienne comme dans les autres villes qui accueilleront l'Euro 2012 de football, les réseaux de prostitution se préparent à recevoir beaucoup de clients étrangers durant la compétition. Ce phénomène n'est pas nouveau, il se répète à l'occasion de chaque évènement sportif de grande ampleur.

L'Ukraine, déjà malade du tourisme sexuel, ne devrait donc pas échapper à la règle

Sacha :« Le football, c'est le football, mais après le football, tous les hommes vont se lâcher »

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Sacha a gardé des yeux qui pétillent et un rire d'enfant, mais elle connait la prostitution et le monde de la nuit. Pour elle, pas de doute, l'afflux de touristes durant l'Euro 2012 va entraîner une augmentation exponentielle du tourisme sexuel. Dans le club où elle travaille, l'heure est aux préparatifs.

Sacha : « On va légèrement augmenter nos prix. Nous allons garder les filles qui présentent bien et virer celles qui ne passent le « face control ». Nous allons recruter des filles plus jeunes et plus belles »

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Dans un pays où le salaire moyen ne dépasse pas 200 euros, bien des femmes sont obligées de vendre leur corps pour tenir jusqu'à la fin du mois. Selon l'ONG Aids Alliance, l'Ukraine compterait plus de 100.000 prostituées, et 50% d'entre elles auraient moins de 20 ans. Natalya milite au sein de l'organisation Offensive féministe.

Natalya : « Il y aura beaucoup de femmes qui vont venir des régions à Kiev, pour travailler, pour vendre leur corps. Je ne pense pas que la police, fasse comme si elle ne voyait rien »

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En Ukraine, la prostitution est officiellement interdite. Les clients comme les prostituées sont criminalisés. Mais dans les faits, la loi est rarement appliquée puisque la police fait partie intégrante du système. Alyona, pas encore vingt ans, travaille dans un appartement avec cinq autres filles.

Alyona : « Notre macrelle a de bonnes relations avec les mafieux et la police. Chaque fille paye 20 à 30 euros par mois pour l'appartement et le « service du toit », et pour la protection de la police. C'est elle qui résout tous les problèmes, chez nous, il n'y a plus de service gratuit pour les policiers le samedi »

Alyona reçoit un ou deux clients par nuit, elle reverse 50% de ses revenus à sa macrelle et gagne environ 1.000 euros par mois.

Pour Ina Shevchenko, du mouvement féministe Femen, la prostituTion fait partie intégrante du système politique ukrainien.

Ina Shevchenko : « Autour de ce café, je connais trois bordels qui fonctionnent depuis 5 ans. La police le sait, tout le monde le sait. C'est un gros business, notre gouvernement gagne de l'argent »

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Dans ces conditions, les organisations féministes se sentent bien seules pour lutter contre le tourisme sexuel.

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