Vilcha, c’est un village unique. Tout le monde vient de la zone. Ici ne vivent que des invalides, des gens qui ont été évacués, des liquidateurs…

Nous sommes à Vilcha, un village au Nord de l’Ukraine, et vous venez d’entendre une habitante qui y a été relogée après la catastrophe de Tchernobyl. Trente ans sont passés depuis l'explosion du réacteur numéro 4 de la centrale de Tchernobyl, le 26 avril 1986. Chaque année, les habitants de Vilcha, dans le nord de l'Ukraine, tout près de la frontière russe, commémorent avec tristesse la catastrophe. Ce petit village de 2000 habitants a été créé spécialement, à partir de rien, pour héberger des résidents de la zone contaminée par la radioactivité. A plus de 700 kilomètres de la centrale, les habitants sont aujourd’hui délaissés et oubliés, mais ils continuent à vivre, et à se souvenir.

Un reportage de Sébastien Gobert

Le réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl en 2009
Le réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl en 2009 © cc / Wanrouter

A la vue des pavillons bien alignés à la sortie de la forêt, on devine vite que le village a été construit d’un coup, à la fin des années 1980. Maria Borissovna était alors une jeune mère de famille évacuée de la zone contaminée. L’URSS lui avait promis une nouvelle ville idéale, nommée comme le village de Vilcha qu’elle laissait derrière elle.

Les plans de développement du village étaient très ambitieux. Une grande école pour 300 élèves, une grande crèche, une clinique sur plusieurs étages…

Mais en 1991, l’URSS s’écroule, et l’Ukraine en crise ne peut payer pour le projet.

Les plans ne se sont jamais concrétisés. Notre cantine pour enfants ne fonctionne pas. Le centre commercial n’a jamais été construit…

Les exilés de Vilcha se retrouvent ainsi cantonnés à une vie paisible, sans emplois ni distractions. Un environnement reculé, où il leur faut panser leurs blessures. Tetyana Sementchouk.

Dans chaque famille, il y a des personnes malades. Une femme sur deux ou trois a été opérée des seins. Ici, personne n'est en bonne santé.

Oleksandr Breitenfeld est en charge de l’association locale de liquidateurs, ceux qui ont travaillé à contenir la contamination. Il vit bien à Vilcha, mais depuis son arrivée, il a le mal du pays.

D'abord, il y a les effets directs de la radiation, ensuite les traumatismes liés au fait que nous avons dû fuir nos maisons pour aller dans une autre région.

Oleksandr Breitenfeld pointe du doigt le cimetière, disproportionné par rapport aux 25 ans d’existence de Vilcha.

Vilcha 1, c'est là où nous avons vécu, Vilcha 2, c'est là où nous sommes, Vilcha 3 c'est le cimetière, là où l'on va tous finir par nous ranger.

A Vilcha, on a appris à vivre avec les effets de la radiation, et à en rire. Mais pour ces réfugiés de l’atome, l’exil a toujours un goût amer.

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