Un reportage de Pascale Guéricolas, à Québec, au Canada

Pierre Gosselin : « C’est une négation totale des faits scientifiques. C’est ce qu’on voit s’installer depuis quelques années à l’échelle canadienne, à l’échelle québécoise . »

Machine à carder l'amiante
Machine à carder l'amiante © BiblioArchives / LibraryArchives

Pierre Gosselin, médecin-conseil de l’Université Laval, à Québec, est perplexe devant la politique que mène son gouvernement vis-à-vis de l’amiante. Contrairement à la plupart des pays occidentaux, le Canada n’a toujours pas inscrit ce minerai sur la liste des substances dangereuses pour l’homme. Théoriquement, donc, le Québec continue à en produire. Actuellement, ces mines sont temporairement fermées, mais les nouvelles victimes de l’amiante sont désormais les ouvriers du bâtiment.

Le nombre de décès liés au mésothéliome, un cancer de l’enveloppe du poumon causé par le contact avec l’amiante, augmente parmi les électriciens, les ferblantiers, les installateurs de chauffage. Il suffit d’une faible exposition pour tomber malade, parfois 10, 15 ou même 20 ans après avoir respiré de l’amiante. En théorie, les ouvriers doivent disposer de vêtements de protection lorsqu’ils rénovent un bâtiment autrefois isolé à l’amiante. Mais dans les faits, certains économisent parfois sur la sécurité. Le syndicaliste André Therrien a fait fermer le chantier de rénovation d’un hôpital à Québec.

André Therrien : « Il y avait de l’amiante dans les murs, il y en avait autour des tuyaux, il y en avait partout, sauf que cela aurait dû être fait étape par étape. Mais non, ils ont rentré un petit chariot avec un marteau-piqueur au bout, qui cassait les colonnes des bas de poutres. Il y avait une poussière énorme, il n’avait pas son échangeur d’air, rien. La poussière s’était propagée sur d’autres étages. Ça a été fermé pendant 5 semaines.»

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Au Québec, les normes de tolérance des poussières d’amiante sur un chantier sont dix fois moins sévères qu’en France. Pour les professionnels de la santé, il faudrait resserrer ces normes, mais aussi instaurer un registre des bâtiments qui contiennent de l’amiante, afin que les ouvriers puissent mieux se protéger.

Pendant ce temps, le gouvernement du Québec soutient toujours la production d’amiante. À la condition que les mines veillent à ce que leurs clients utilisent ce minerai, le chrysotile, de façon adéquate, comme le précisait Serge Ménard, le ministre des Ressources naturelles en commission parlementaire.

Serge Ménard : «Si l’on arrête momentanément de prôner l’utilisation sécuritaire et contrôlée du chrysotile, les autres pays fournisseurs qui se cassent pas la tête avec ça, on va leur donner l’opportunité de vendre encore plus de chrysotile, mais avec absolument aucune règle. Donc est-ce qu’on rend service à ce moment-là ? »

Pour le médecin-conseil Pierre Gosselin, il existe un moyen de prévenir dans le futur les maladies liées à l’amiante.

Pierre Gosselin : « On pourrait faire quelque chose d’assez simple, c’est arrêter l’exploitation et ne pas en faire la promotion auprès des pauvres travailleurs philippins ou indiens qui n’ont aucune norme de sécurité. Ils font cela à la main, sans masque. Ce sont vraiment les pires situations possibles »

L’Inde et d’autres pays asiatiques sont friands de l’amiante québécoise dont la production va bientôt reprendre.

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