Un reportage de Sébastien Farcis, à Bombay, en Inde

Anubha Sharma : « Ici, je peux vous montrer quatre ou cinq enfants qui pourraient entrer dans une école privée. Mais avant cela, nous devons améliorer leur niveau, et les préparer à fréquenter ces enfants riches »

Ecoliers en Inde
Ecoliers en Inde © Driss Delubac

Anubha Sharma est responsable d’une association de Bombay qui organise des écoles de rues pour les enfants défavorisés pendant les grandes vacances. Elle les a préparés à un grand changement qui a eu lieu ces derniers jours, avec la rentrée scolaire indienne : la loi oblige, pour la première fois, les écoles privées qui reçoivent des subventions de l’Etat à accueillir un minimum de 25% d’enfants de milieu pauvre dans leurs classes. Les enfants pauvres dans les écoles de riches, un nouveau défi pour l’Inde.

Soustractions ou multiplications, les enfants sont debout pour répondre au professeur. La classe, il faut dire, n’a pas de chaise. Elle se déroule sous les arbres d’un parc de Bombay. Les enfants, eux, viennent d’un bidonville des alentours, et profitent d’un cours de rattrapage avant la rentrée.

«Il faut être très concret avec ces enfants », explique ce professeur bénévole. « Pour leur apprendre les divisions, je viens par exemple de leur expliquer que j’avais ces cinq objets, et qu’il fallait les répartir entre quatre membres de leur famille »

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Pendant l’année, ces enfants vont dans les écoles publiques, où ils doivent s’entasser à plus de cinquante par classe. La possibilité pour eux d’entrer bientôt dans les écoles privées, de meilleur niveau, est donc extraordinaire.

Mais cela demande de la préparation, prévient Anubha Sharma, qui organise ces classes de rue avec l’ONG Angel Express.

Anubha Sharma : « Ces enfants n’ont pas le niveau pour entrer dans les écoles privées. Donc si nous les y envoyons maintenant, nous risquons de les rendre complexés, car ils se sentiront inférieurs et n’oseront pas parler en classe. Je pense qu’il faut d’abord les mettre au niveau et ensuite, si besoin, les pousser à redoubler une classe dans l’école privée »

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Ces enfants ne pourront pas tous profiter de cette loi dès cette rentrée de juin, car elle n’est rentrée en application que le mois dernier, alors que beaucoup d’écoles privées avaient déjà terminé leurs inscriptions.

Du reste, les réticences sont importantes, comme l’exprime Beena Advani, ancienne directrice d’une école privée.

Beena Advani : « Les écoles privées sont conçues pour faire du profit. Or maintenant l’Etat les force à réaliser une mission de service public, dans laquelle il a lui-même échoué. Il aurait d’abord fallu essayer d’améliorer le système public, au lieu de repasser le fardeau au privé. »

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En Inde, l’Education nationale est complètement surchargée, et seulement un enfant sur deux atteint la classe de sixième.

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