Un reportage de Solenn Honorine, dans le quartier de Protea Glen, à Soweto, en Afrique du Sud

Themba Mtambo :

Lorsque les gens voient que vous avez une voiture, que vous avez acheté une télé ou quelque chose comme ça, ils veulent avoir ce que vous possédez, et parfois ils viennent chez vous pour vous voler. Mais ici, on se sent plus en sécurité .

Soweto, Afrique du Sud
Soweto, Afrique du Sud © File Upload Bot (Magnus Manske)

Themba Mtambo habitedans le township de Soweto, au sud-est de Johannesburg, en Afrique du Sud, un pays où la criminalité est endémique.

C’est pourquoi il a décidé de déménager dans un complexe sécurisé, protégé par une lourde grille et une compagnie de sécurité privée 24h sur 24. Il appartient à cette classe moyenne noire sud-africaine qui est désormais plus nombreuse et dépense plus d'argent que la classe moyenne blanche.

La banlieue Soweto s’adapte, depuis 20 ans, à ce changement de population.

Le Protea Glen estate, c'est le type de logement très prisé en Afrique du Sud. Une haute clôture électrique protège le complexe : un havre sécurisé où un jardinier, employé à plein temps, prends soin des belles pelouses et de l'aire de jeux pour les enfants.

Mais on est à Soweto, et ce développement est une première offrant aux gens de la classe moyenne Noire comme Kabelo Mengy Mokoatle, professeur de maths, un mode de vie similaire à ceux de ses compatriotes des banlieues chic, et toujours largement blanches. Et ce pour une fraction du prix.

Kabelo Mengy Mokoatle :

Je voulais vivre dans un complexe sécurisé. Comme je suis une mère célibataire, je voulais que mon fils soit protégé, même quand je ne suis pas là.

Il est 18 heures. Themba Mtambo et sa famille se détendent devant la télé après une longue journée au travail pour ce cadre.

Là où j'avais acheté ma première maison, il y avait beaucoup de gens de la classe populaire, et dès que tu progressais un peu dans ta carrière, plus personne n’était au même niveau social que toi. Alors qu'ici, quasiment tout le monde est cadre .

Themba, 42 ans, est le premier de sa famille à échapper à la pauvreté.

J'ai grandi à la campagne, où tu dois marcher une demi-heure pied nus pour aller chercher de l'eau. J'avais 12 ans quand j'ai commencé à porter des chaussures ! Même aujourd'hui, il faut que je fasse attention quand j'n achète, parce que mes pieds sont plats, ils n'y sont pas habitués ! Alors comparé à avant, je me sens plutôt riche .

Ils sont de plus en plus nombreux, ceux qui, comme Themba, veulent accéder à un mode de vie en phase avec leurs niveaux de revenus : dans les 25.000 foyers de Protea Glen, on gagne en moyenne 1.200 euros par mois. Mais Peter Kalabatane , responsable local de l'entreprise qui développe la zone, explique que la demande ne peut pas être satisfaite.

Le prix de l'immobilier ne peut pas rester le même qu'en 1990 ! Regardez: ces maisons que vous venez de visiter : il y a deux ans, celles avec trois chambres et un salon se vendaient à 39.000 euros. Aujourd'hui, elles en valent 50.000 euros. L 'avenir est radieux ici, mais malheureusement, il n'y aura plus aucune terres libres. Dans trois ans, tout sera plein.

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Pourtant, Protea Glen, qui s'étend à l'extrémité sud de Soweto, est le dernier espace qui compte toujours des terres libres.

Mais la population dans la région de Johannesburg explose, ayant crû d’un million d'habitants sur les dix dernières années. Construire des logements pour cette nouvelle classe moyenne est donc un défi de taille.

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