Un reportage de Pascal Guéricolas, correspondante au Québec

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un saumon remontant une rivière
un saumon remontant une rivière © Radio France

Charles Langlois, entrepreneur dans le tourisme :

Pour moi, c’est le baromètre de la planète, c’est le baromètre de nos océans. Le jour où il n’y aura plus de saumons qui reviendront dans nos rivières, la planète sera en danger. Si on voit que les rivières se vident, laissez-moi vous dire cela va être inquiétant… .

Charles Langlois ne mâche pas ses mots quand il parle de l’état du saumon de l’Atlantique, un poisson très important pour le Québec où se trouve un quart des rivières canadiennes qui abritent cette espèce. Ce propriétaire d’une entreprise touristique offre des séjours de pêche de rêve à ses clients sur l'une des plus belles rivières à saumons du Québec, La Moisie, située à 10 heures de route de Québec sur la côte-Nord. Sauf que le roi des poissons subit un véritable déclin depuis plusieurs décennies et que la dernière saison de pêche, en 2014, a été catastrophique.

En 30 ans, le nombre de saumons qui remontent les rivières du Québec a fondu de plus de la moitié. Pourtant, gouvernement, associations de défense des rivières et pêcheurs collaborent activement pour protéger cette ressource et son habitat. Impuissants, les Indiens Innus assistent au déclin d’un poisson qui a nourri leur peuple pendant des siècles.

Le pêcheur Éric Vollant :

Comme moi l’année passée, j’ai rien pris. L’Innu, il peut pas se débarrasser de sa nourriture traditionnelle. C’était sa vie, le saumon. La rivière Moisie, c’est comme un chemin pour nous autres. Nos grands-pères ont marché par ce chemin-là. Quand ils montaient, ils mangeaient du saumon, ils en prenaient un, Ils n’en prenaient pas trente ou quarante, juste pour leur survie.__

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Après avoir pointé du doigt la surpêche, les phoques friands en saumon, les experts attribuent maintenant aux changements climatiques le déclin actuel de cette espèce qui nait en rivière, mais passe ensuite plusieurs années dans l’Océan. Selon le biologiste Julien April du Ministère de la faune, le réchauffement de la température de l’eau du côté de Terre-Neuve et du Groendland modifie l’alimentation du saumon.

Julien April, biologiste du Ministère de la faune :

Dans ces régions-là, on constate que l’abondance du capelan et du zooplancton ont fluctué. Et puis à cause de ces changements de température, ces proies-là se retrouvent plus au Sud ou parfois même plus en profondeur. Ce qui fait qu’on peut penser que le saumon a de la difficulté à trouver ses proies dans l’atlantique, étant donné qu’elles ont pu changer d’endroit.__

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Sous-alimenté, le saumon de l’Atlantique a du mal à regagner sa rivière de naissance pour aller s’y reproduire. Seulement 1% reviennent contre 5% il y a quelques années. Le président de la Fédération québécoise du saumon aimerait bien que les pêcheurs artisanaux du Groendland réduisent leurs prises. Mais il espère encore que cette baisse ne soit que temporaire.

Le président de la Fédération québécoise du saumon :

Faut comprendre que toutes les espèces fauniques ont des cycles sur la planète. Le cycle du saumon est très peu connu sur 50 ans, 60 ans, 100 ans. Donc c’est ça qui est une grande inconnu au niveau du saumon.__

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En attendant une reprise, les pêcheurs de certaines rivières remettent à l’eau leurs prises de grande taille pour favoriser la reproduction de ce poisson. Une contrainte qui ne gâche pas le plaisir de ce retraité.

Un retraité :

Il y a quelque chose qui a sauté, mais c’était devant ma mouche. Donc, je raccourcis mon fil, puis je vais essayer de lancer plus près là où ça a donné signe de vie. Chaque fois, c’est une jouissance totale. C’est une passion quelque part… C’est rien que ça et c’est tout ça en même temps.__

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Tous espèrent que le saumon sera donc au rendez-vous cet été contrairement à la saison passée.

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