Un questions-réponses réalisé avec Solenn Honorine, en direct de Jakarta, en Indonésie

Lady Gaga à Olympia, Paris
Lady Gaga à Olympia, Paris © Lisa EK

Le concert de Lady Gaga est programmé pour la semaine prochaine, dans ce pays quiest, par sa population, le plus grand pays musulman du monde. Mais le spectacle pourrait ne pas avoir lieu.

En effet, et cela fait plus d’une semaine que l’on en parle tous les jours. Car malgré le fait que 50 000 tickets ont déjà été vendus, la police n’a toujours pas donné l’autorisation nécessaire pour l’évènement.

Elle dit ne pas être certaine de pouvoir garantir la sécurité du concert, à cause de l’opposition très vocale de groupes radicaux musulmans. Ils disent que la star américaine est trop sexy, adepte du satanisme, et que le spectacle risquerait de corrompre la jeunesse. Ils ont même menacé de mobiliser 30 000 militants pour empêcher par la force la star américaine de débarquer de son avion.

  • Il faut dire que Lady Gaga n’est pas vraiment une mijaurée ! Est-ce que cette opposition est vraiment surprenante ?

Oui, parce que c’est la première fois qu’un concert cause une telle levée de boucliers en Indonésie. L’année dernière, par exemple, Kylie Minogue s’est produite à Jakarta sans problème, et on ne peut pas dire qu’elle soit bien chaste. Et les stars indonésiennes de Dangdut, qui est le genre musical le plus populaire ici, n’ont rien à envier à Lady Gaga niveau sexy ; certaines la feraient même passer pour une prude !

La police dit que le concert ne correspond pas à la culture nationale. Or de nombreux commentateurs, ici, comme le recteur de la principale université islamique du pays, rappellent que l’une des valeurs clés du pays, gravée dans la constitution, c’est la tolérance, le respect de la liberté d’expression. Et en pliant aux exigences des extrémistes musulmans, c’est la police qui va à l’encontre de la culture nationale. C’est pour cela que l’affaire fait autant de bruit.

- Donc c’est une polémique qui va au-delà du concert lui-même ?

Exactement. Ca reflète une tendance de plus en plus poussée ces dernières années, selon laquelle des groupuscules radicaux parviennent par la force à imposer leur agenda au plus haut de l’Etat car les officiels n’osent pas s’opposer à eux.

Pour reprendre les mots d’une éditorialiste indonésienne, la police « préfère acheter la paix sociale en caressant et nourrissant les chiens enragés plutôt que de les mettre en prison, là où ils devraient être ».

Le groupe radical qui a pris la tête de la croisade anti Lady Gaga, le FPI, ne cesse d’emprunter des moyens illégaux, notamment violents, pour imposer ce qu’il juge être l’ordre moral. Ils sont en violation totale avec la loi, mais ils ne sont jamais punis.

Par conséquent, le cas du concert de Lady Gaga est tout un symbole : la police va-t-elle plier, encore une fois, devant les exigences des radicaux, ou va-t-elle leur tenir tête ?

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.