Un reportage d'Angélique Kourounis, à Athènes, en Grèce

Eleni Groui, rédactrice en chef des reportages en province : « C’est des gens qui nous appellent pour nous dire : ‘jetez un coup d’œil là-dessus, il y a ça, occupez vous de ça’ et c’est vraiment devenu un grand réseau de correspondants. »

kiosque dans une rue d'Athènes
kiosque dans une rue d'Athènes © Yann Gallic / Yvan Turk

En Grèce, la crise a permis la naissance du premier journal autogéré dans pays. Un pari fou en passe d'être gagné par une poignée de journalistes qui ont refusé le chômage après plus de 25 ans passés à travailler dans un quotidien qui a dû mettre la clef sous la porte. Des journalistes qui se sont serrés les coudes et la ceinture pour créer ce Journal des Rédacteurs , un quotidien qui couvre l’actualité avec une insolence qui fait du bien.

La salle est petite, les bureaux simples. Les ordinateurs ne sont pas de la dernière technologie. Cela crie dans tout les sens, mais ici, les gens sourient : ils sont heureux, ils créent, ils ont reversé la vapeur qui les voulait des chômeurs sans avenir. Nous sommes dans les bureaux du Journal des rédacteurs , le premier journal autogéré de Grèce qui tire à plus de 7500 exemplaires et qui fait un tabac pour la pertinence de sa couverture de la crise grecque. Les choix, au départ, n’étaient pas évidents selon Giorgos, rédacteur en chef.

Giorgos : « On a finit par opter pour un journal quotidien afin d’avoir notre mot à dire et que ce soit aussi un média économiquement viable. La deuxième chose qui nous était chère c’était que ce soit un journal indépendant, autogéré en coopérative, sans un patron au-dessus. »

Ici, tout le monde, du directeur au personnel d’entretien, touche le même salaire : 800 euros. Tout le monde a amené 1000 euros pour former le capital de départ afin d’acheter les machines, les ordinateurs, le matériel nécessaires, et tout le monde a accepté d’être payé progressivement, à partir du troisième mois de parution. Et ça marche ! Le pari est en passe d’être gagné. Mais cela ne fait pas que des heureux.

Giorgos : « Nous avons eu des journalistes du monde entier qui sont venus voir comment fonctionnait ce journal : des agences, des chaines de télé, des radios, mais aucun media grec n’a fait le déplacement. Je crois qu’ils n’étaient pas contents de l’apparition du Journal Des Rédacteurs et de notre fonctionnement. C'est logique, on s'y attendait. Quand tu sais combien les intérêts politiques et financiers régissent les médias en Grèce, et se crée le premier journal sans actionnaire principal, cela ne peut que déranger. »

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Au Journal des Rédacteurs , tout se discute, tout se décide en assemblée générale. Et pour beaucoup, ce n’est pas simple comme nous l’explique Nina, reporter de terrain et responsable des pages de solidarité.

Nina : « Moi cela faisait des années que je n’avais plus parlé en public. Mes dernières assemblées générales c’était à la faculté. Je voyais devant moi 500 personnes, ma voix tremblait et j’étais incapable de dire ce que je voulais dire. Mais avec le temps, j’ai fini par apprendre. On a tous appris à discuter, échanger des arguments, je veux dire que toute cette aventure, ce combat a aussi changé nos personnalités . »__

Le Journal des rédacteurs vient de fêter son centième exemplaires et les rédacteurs sont les premiers étonnés. « On est un journal de la crise », souligne Nina, « on ne savait pas si les gens allaient avoir 1,3 euros par jour pour nous », dit-elle. Mais apparemment oui, et c’est une satisfaction inouïe.

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