Un questions-réponses réalisé avec Gabriel Kahn en direct de Kampala, en Ouganda

Le pétrole ougandais découvert ces cinq dernières années n'est pas encore exploité, et pourtant il crée déjà bien des problèmes, notamment au niveau politique : le Parlement a demandé, le mois dernier, la démission de plusieurs ministres accusés de corruption dans l'attribution des contrats pétroliers. Dans le pays, on va même jusqu’à parler de « malédiction du pétrole ».

Si l’on évoque déjà ici une malédiction du pétrole, c’est parce qu’en Ouganda comme cela s’est passé dans d’autres pays d’Afrique, pour ne citer que le Nigéria, la récente découverte de pétrole autour du lac Albert, dans le Nord-Ouest du pays, a accentué les tensions politiques et la corruption du gouvernement.

Alors que la mise en exploitation de ce pétrole ne devrait pas commencer avant au moins un an, plus de 200 députés réclament la démission de plusieurs ministres qu’ils accusent d’avoir reçus des pots-de-vin des compagnies pétrolières, estimés à plusieurs dizaines de millions d’euros AFP.

- Cette fronde des députés pourrait-elle conduire à un remaniement ministériel ?

C’est possible, mais c’est peu probable. Derrière cela, se dissimule surtout une guerre des chefs dans l’entourage du président. Après tout, le président Museveni a déjà 68 ans, dont 25 ans au pouvoir. Beaucoup de gens se battent pour faire partie de sa cour rapprochée. Mais le président Museveni n’entend pas suivre les recommandations du parlement. Il est hors de question, pour lui, de remettre en cause les contrats pétroliers signés et qu’il s’opposait à l’appel à la démission de ses ministres accusés de corruption, dont le premier ministre, ainsi que le ministre des affaires étrangères.

- Y-a-t-il beaucoup de pétrole en Ouganda ?

Oui, il y a en beaucoup. Ces trois dernières années, presque chaque puits de prospection qui a été creusé par la compagnie britannique Tullow sur la rive occidentale du lac Albert, a trouvé du pétrole en quantité commercialisable. Et la prospection ne fait que commencer.

- L’Ouganda pourrait donc devenir un nouveau pays exportateur de pétrole ?

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Certainement, mais la mise en exploitation du pétrole découvert est remise, chaque année, à l’année suivante, du fait du coût de cette mise en exploitation, qui s’élève à plusieurs milliards de dollars. Il s’agit en effet de construire une raffinerie à proximité des champs pétroliers et surtout, un pipeline de quelques 1 500 km jusqu’au port kenyan de Mombassa.C’est d’ailleurs à cause des sommes importantes nécessitées par cette mise en exploitation que la petite compagnie britannique Tullow Oil a dû faire appel à la compagnie française Total et à la compagnie chinoise CNOOC pour partager ses blocs en Ouganda. Le choix de ces deux compagnies est non seulement motivé par leur expertise et leur assise financière, mais aussi par le fait qu’elles sont déjà présente au Soudan et en République Démocratique du Congo, deux pays voisins de l’Ouganda, totalement enclavés et qui pourrait donc avoir besoin d’utiliser le prochain pipeline sur Mombassa pour exporter leur pétrole.

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