Un questions-réponses réalisé avec Frédéric Ojardias, en direct de Séoul, en Corée

Manifestants à Hanjin
Manifestants à Hanjin © lmjleft

Kim Jin-Suk, syndicaliste de 52 ans, s’est barricadée depuis le 6 janvier au sommet d’une grue de son chantier naval. Elle demande à son entreprise de revenir sur sa décision de licencier 94 ouvriers. Pourquoi cette femme a-t-elle choisi un mode d’action aussi extrême?

Tout a commencé quand l’entreprise, baptisée Hanjin, a décidé de délocaliser une partie de la production aux Philippines et de licencier des dizaines d’employés en Corée du Sud. Pour protester, Kim Jin-suk a entamé une grève de la faim, sans succès. Elle a donc décidé de passer à la vitesse supérieure : elle est montée dans la grue la plus élevée de son chantier, à 35 mètres de hauteur. Elle refuse d’en descendre tant que l’entreprise n’annulera pas sa décision. Cela fait donc 294 jours qu’elle brave les éléments et la solitude.

- Comment survit-elle à 35 mètres de hauteur ?

Difficilement. L’entreprise a tout fait pour la déloger, et lui a même coupé l’électricité. Pour recharger son téléphone portable, qui est son seul moyen de communication, elle utilise un petit panneau solaire. Pas de toilettes : elle utilise un seau. Les membres de son syndicat lui envoient de la nourriture tous les matins à l’aide de cordes. Pour éviter à ses muscles de s’atrophier, elle tourne en rond sur sa grue, d’une longueur d’exactement 12 pas aller, 12 pas retour.

Et l’un de ses principaux problème, c’est la météo : en hiver, en Corée, il fait un froid sibérien ; en été une chaleur caniculaire, sans compter la mousson qui, cette année, a duré deux mois. Mais malgré tout, elle tient bon.

- Après tant d’efforts, est-elle parvenue à des résultats ?

Au début son combat a été complètement ignoré par les grands médias du pays, qui sont plutôt conservateurs. Mais elle a réussi à toucher l’opinion publique en utilisant les réseaux sociaux sur Internet, en particulier Twitter. Elle s’est même révélée une excellente communicatrice et elle est devenue une sorte de point d’ancrage de tous les mécontentements qui agitent la société sud-coréenne.

Un grand mouvement citoyen s’est créé pour la soutenir et des bus emmènent régulièrement des sympathisants manifester au pied de sa grue.

Son combat est ainsi devenu un enjeu national. Les députés, inquiets de voir l’affaire prendre autant d’ampleur, ont convoqué le patron de Hanjin pour qu’il s’explique devant le Parlement. Et enfin, mi-octobre, celui-ci a annoncé qu’il réembaucherait d’ici un an les 94 employés licenciés.

- C’est donc un succès ! Pourquoi n’est-elle pas redescendue ?

Il reste un dernier point à régler : Kim Jin-suk veut être sûre qu’elle ne sera pas condamnée à sa descente de la grue. Car l’entreprise a porté plainte contre elle, pour avoir bloqué la production pendant si longtemps et se refuse à retirer cette plainte. Les négociations continuent donc…



Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.