Un reportage de Sébastien Farcis, à Bombay, en Inde

Raj Mandot : « Si Wal-Mart et les autres grands groupes étrangers arrivent, on ne va pas pouvoir résister. C’est un vrai tsunami qui va nous passer dessus »Raj Mandot tient avec sa famille un bazar, dans l’une des grandes rues commerçantes de Bandra, à Bombay, depuis quarante ans. Mais aujourd’hui, il craint la concurrence des grands supermarchés étrangers.

Le gouvernement a en effet autorisé le mois dernier les investissements étrangers dans le commerce de détail, ce qui permet aux groupes comme Carrefour et Wal-Mart d’ouvrir des hypermarchés en leur nom et d’en détenir jusqu’à 51% du capital. Un marché estimé à 350 milliards d’euros, qui appartenait jusqu’à présent aux épiciers de quartier.

Casseroles, ventilateurs et même petites figurines décoratives : on trouve de tout dans le bazar de Raj Mandot. Mais son commerce, qui fait vivre sa famille depuis 40 ans, pourrait bientôt disparaître à cause, dit-il de la concurrence déloyale des supermarchés.

Raj Mandot : « Ces supermarchés ont les moyens d’acheter en grande quantité, et après ils cassent les prix. Si moi je vends une casserole pour 120 ou 130 roupies, et qu’eux la vendent à 90, j’ai beau essayer de baisser mes prix, je n’y arriverai pas. Je vendrai à perte. C’est une vraie menace pour nous »

__

En Inde, plus de 90% du commerce de détail est assuré par des petits épiciers de quartier, ouverts à toute heure, prêts à vous faire crédit et à vous livrer à domicile gratuitement, même une simple brique de lait. Pour Imesh Takkar, qui tient un magasin d’épices très fourni dans cette même rue, ce service leur permettra de résister.

Imesh Takkar : « Les gens nous demandent toujours des conseils pour savoir quel est le meilleur riz, ou quelle épice acheter pour tel plat. Nous, nous avons ce savoir, alors que dans les supermarchés, personne ne pourra les conseiller aussi bien. Et puis nous pouvons leur livrer tout ce qu’ils veulent, très rapidement »

__

Ces importants investissements étrangers devraient permettre de moderniser le réseau de distribution indien, et donc de réduire les pertes d’aliments, ainsi que de contribuer à la relance d’une économie en berne depuis plus d’un an.

Mais concrètement, les supermarchés mettront du temps à s’implanter estime Pinakiranjan Mishra, spécialiste du commerce de détail pour le cabinet Ernst & Young.

Pinakiranjan Mishra : « Les prix de l’immobilier sont élevés dans les villes, et les supermarchés ne pourront pas s’installer à tous les coins de rue. Or, la plupart des Indiens n’ont pas de voiture, et les transports publics sont trop chaotiques et encombrés pour y transporter ses courses. Enfin les maisons sont petites en ville, donc on ne peut pas stocker beaucoup d’aliments. Les Indiens continueront donc à aller à l’épicerie de quartier pour leurs achats quotidiens. Et un petit nombre se déplacera jusqu’au supermarché, une fois par semaine ou par mois »

__

Le groupe Carrefour est déjà présent en Inde comme grossiste, et Auchan vient de passer un accord de franchise avec un distributeur local, ce qui devrait lui permettre d’apposer son nom sur une dizaine de supermarchés d’ici à la fin de l’année.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.