Un reportage d'Angélique Ferat, à Amman, en Jordanie

Le père de Youssef :

Je laissais Youssef aller aux manifestations parce que grâce à sa voix, grâce à ses chants, il exprimait ce que nous tous, nous ressentions. Il disait ce que nous avions tous en nous : cet amour de notre pays. Notre cher pays, notre patrie. __

Les champs elyses, rue commercante du camp de Zaatari
Les champs elyses, rue commercante du camp de Zaatari © Nicolas Mathias / Nicolas Mathias

Dans le camp de réfugiés de Zaatari, en Jordanie, Youssef, un jeune réfugié syrien de 13 ans vient d’enregistrer un CD avec le producteur français Jean-Yves Labat de Rossi. Un disque qui réunira des chansons de plusieurs pays du Moyen-Orient et qui sortira au printemps prochain.

Nous avons rencontré le jeune Youssef.

« Mon pays, tu est un paradis ». Suivent des appels à la révolte : « Deraa tu es notre lumière dans les ténèbres », « Homs appelle à l’aide », « De Raqqa à Qashmili, le sang des héros s’échauffe » … La chanson se termine par des appels aux martyrs.

« Jana jana » a été écrite par Abed al Baset Sarot le gardien de but de l’équipe nationale de football. C'est une des chansons de la révolution syrienne. Avant, Youssef chantait des chansons d’amour aux touristes qui venaient visiter Bosra et sa ville romaine.

Mais en 2011, tout change pour lui : il va aux manifestations avec son père :

Les manifestants me portaient sur leurs épaules. Je chantais « Jana jana » et ils reprenaient après moi. Il y avait des milliers de manifestants autour de moi. Je chantais « jana jana, mon pays tu es le paradis, même ton enfer est un paradis ». Parfois même j’improvisais des chansons.

Youssef est un garçon trapus, un peu timide. Il va à l’école, comme ses frères et sœurs. Il s’est inscrit à un atelier musique propose par une ONG. Cela fait un an et trois mois qu’il est refugié en Jordanie. Son père est fier de lui. Ils allaient ensemble dans les manifestations de 2011, et ils ont choisi d’enregistrer cette chanson en particulier parce qu’elle est l’âme de la révolution syrienne :

Au début on regardait passer les manifestations depuis le trottoir, mais on a vu comment le régime tirer sur les manifestants, comment ils insultaient les blessés. Une fois, j’ai vu un homme courir vers la mosquée avec un Coran dans ses bras. Il criait ‘je demande la protection de Dieu’. Ils lui ont tiré dessus et ont même mis une balle dans le Saint Coran.

Youssef garde une immense tristesse. Il ne chante pas dans les mariages qui ont lieu dans le camp. Non, dit il, nous sommes réfugiés, je ne peux pas.

Certains soirs, il monte sur la caravane qui lui sert aujourd’hui de maison et chante les chants révolutionnaires pour le voisinage, en regardant la frontière qui est à quelques kilomètres :

Quand je vais rentrer, je ne vais plus chanter ces chansons, car on aura une vie nouvelle et il y aura un nouveau président.

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