Un reportage de Régis Genté, à Tbilissi, en Géorgie

prison barbelés
prison barbelés © departing(YYZ)

Mardi dernier, des vidéos de torture de prisonniers en Géorgie ont été montrées sur toutes les télévisions de l’ex-république soviétique, choquant des millions de Géorgiens. Et ce, à dix jours d’une élection parlementaire cruciale.

Du coup, le Mouvement National Uni du Président Saakachvili n’est plus certain de l’emporter, alors qu’il semblait largement en tête dans les sondages.

Pire encore, ces tortures en prison n’ont rien d’un phénomène nouveau…

Etudiants lors d’une manifestation : « Chacun, de quel parti qu’il soit, a le droit de rejoindre notre manifestation. Mais la principale motivation de notre présence, c’est l’indépendance des étudiants, leur liberté de protester contre la violence . »

Mercredi dernier, au lendemain de la publication des vidéos montrant des scènes de torture dans les prisons, ils étaient entre 2.000 et 3.000 étudiants réunis devant le bâtiment blanc n°1, de l’Université d’Etat de Tbilissi.

Habituellement, les étudiants géorgiens sont passifs, politiquement. Certes, certains se sont politisés ces derniers temps, notamment en faveur de l’opposition, du « Rêve Géorgien », la coalition réunie par le milliardaire Bidzina Ivanichvili. Mais le choc fut réel, après avoir vu ces vidéos.

Lado, 18 ans : « Je proteste contre ce qui s’est passé, c’est une violation des droits de l’Homme, je suis choqué. Les matons les frappaient, les humiliaient. A ce que je vois, il y avait même des gars de mon âge qui ont été torturés. »

La colère a été d’autant plus grande que la réaction du gouvernement est apparue, pour beaucoup, comme cynique.

Et ce alors que l’équipe du Président Saakachvili, issue de la très pro-occidentale révolution des roses, en 2003, ne cesse de communiquer sur ses succès démocratiques.

C’est ce qu’explique Sophie Jghenti, étudiante en anglais.

Sophie Jghenti : « Nous allons lutter jusqu’à la fin, parce que ce n’est pas une petite affaire. Quand les Ministres et le Président viennent à la télévision et disent qu’ils ne savaient pas qu’un tel système existait, c’est une mauvaise blague ! Cela nous ennuie terriblement. Nous avons peur parce qu’on ne se sent plus en sécurité dans notre pays, que cela n’ira pas en s’améliorant. En même temps, je ne vois pas l’opposition non plus comme capable de diriger le pays. Je vois qu’ils veulent le pouvoir pour lui-même, mais rien d’autre . »

Beaucoup se sentent perdus en Géorgie, après ce scandale.

Le vote pour l’opposition est essentiellement un vote de protestation. Pour les jeunes, comme Sophie, manifester est aujourd’hui l’occasion de protester contre certains aspects de la « Révolution des roses ».

Sophie Jghenti : « Le niveau d’éducation est très bas. C’est pourquoi beaucoup d’étudiants veulent quitter le pays. Dans l’université de monsieur Bendukidzé, les salaires des professeurs sont bien plus élevés. Ici, ils sont mal payés, ils travaillent 24 heures par semaine mais sont payés l’équivalent de 12 heures. »

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Animé par une idéologie ultra libérale, le gouvernement a privilégié un enseignement supérieur privé, cher, pour le niveau de vie géorgien. Les professeurs les plus doués ont déserté les vieux amphithéâtres des universités d’Etat.

L’avenir inquiète une jeunesse qui souvent a voulu croire aux lendemains qui chantent promis par le Président Saakachvili.

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