Un reportage de Solenn Honorine, à Marikana, en Afrique du Sud

Primrose Sonti, habitante de Marikana : « On tue dans un camp. L'autre camp tue aussi. Nous on ne sait pas ce qui se passe ! On a juste peur

Marikana
Marikana © Idé

Dans leurs chants, les mineurs de Marikana énumèrent les noms de leurs 34 collègues grévistes tués par la police il y a un peu plus d’un an, alors qu'ils étaient rassemblés pour demander des augmentations de salaire.

Pourquoi la police avait-elle alors tiré à balles réelles sur les grévistes ? Etait-ce de la légitime défense face à une émeute armée et agressive ? La commission d'enquête indépendante sur le massacre de Marikana n'a pas encore apporté de réponse et les tensions restent fortes autour de la mine de platine. En une année, on y a compté une quinzaine de meurtres, principalement de syndicalistes. Aucun coupable n’a été arrêté, mais on pense qu’il s’agit d'un conflit entre deux syndicats concurrents.

La crise de Marikana avait débuté cinq jours avant le massacre. Une foule de 2000 travailleurs avait défilé devant les bureaux du syndicat national des mineurs, le NUM, demandant à leurs représentants d'exiger, en leur nom, d'importantes augmentations salariales. Peterson Siyaya, cadre du NUM, se souvient de cette journée :

Peterson Siyaya : « Ils sont venus, en chantant des chansons déclarant la guerre contre la direction du NUM. Les camarades dans le bureau ne pouvaient pas rester sans rien faire. Ils se sont défendus avec des bâtons et des pierres... Et puis, j'ai entendu qu'il y avait aussi eu des tirs d'arme à feu. Ce sont eux, à AMCU, qui ont radicalisé les mineurs, et ont lancé cette grève illégale. Et ce sont eux qui les ont poussé à se rassembler, avec des armes, sur la montagne ».

Ce jour-là, deux mineurs ont été blessés par des balles dans le dos, et c'est à la commission d'enquête de déterminer ce qui s'y est vraiment passé : s'agit-il d'une légitime défense, comme le dit Peterson, ou d'une attaque, comme l'affirme AMCU, le syndicat concurrent ? Quoi qu'il en soit, cet incident marque un tournant dans l'équilibre des forces autour de la mine.

Le syndicat historique NUM y était autrefois tout-puissant. Mais depuis, il a été détrôné par AMCU, une organisation à l'influence jusque là négligeable, mais revigorée quelques mois plus tôt, lorsque de charismatiques membres du NUM ont fait sécession avec leur maison mère. La transition s'est faite dans la violence.

Peterson Siyaya : « Vous voyez ici, c'est là qu'on avait posé une couverture pour recouvrir le sang, c'est là que sa tête était posée. Il y avait le reste des cartouches par terre, là où les briques ont été bougées. Le suspect, lui, est parti par là. »

C'était il y a quinze jours. Une femme d'une quarantaine d'années, membre du syndicat NUM, a été tuée juste devant chez elle. Jeannette Kgoebane, cadre du NUM, affirme qu'elle avait reçu des menaces.

Jeannette Kgoebane : « Un homme qui travaillait avec elle, dans la mine était venu la voir, en personne, pour lui dire : ‘si tu ne quittes pas le NUM, on va te tuer’. A partir du moment où on porte le t-shirt rouge du NUM, on n'est plus en sécurité. »

Mais la violence n'est pas à sens unique. Le syndicat concurrent AMCU lui aussi a perdu plusieurs membres : en mai dernier, l'un de ses principaux organisateurs sur place a été tué. La mine a récemment reconnu AMCU comme son interlocuteur officiel pour les prochaines négociations salariales, qui devraient s'ouvrir dans quelques semaines.

Mais la situation reste incertaine. NUM a boycotté la commémoration de la tuerie des 34 mineurs par la police, tout comme le parti au pouvoir, l'ANC, qui a dénoncé une récupération politique.

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