Le Sirop de Liège, c’est le produit de la version contemporaine d’une recette remontant à l’Antiquité. Pour résumer, vous prenez des poires et des pommes, des abricots et des pruneaux, vous faites cuire tout cela, vous mélangez sous pression (n’oubliez pas de rajouter du sucre), et vous aurez obtenu une mélasse à la couleur brunâtre, à dire vrai assez peu engageante. En moyenne, il vous faudra sacrifier quatre kilos de fruits pour obtenir un kilo de ce sirop.

La région liégeoise n’en a d’ailleurs pas le monopole : des préparations comparables se trouvent couramment aux Pays-Bas, en Allemagne, et en Suisse.

Toujours est-il que ce produit, qui ferait passer le Nutella pour un aliment de régime, fait la joie des écoliers et des ménagères belges depuis que le brevet en a été déposé en 1937.

Dans la petite ville d’Aubel, la siroperie qui a le monopole du Vrai Sirop de Liège (c’est ce qui est marqué sur le pot) est dirigée par l’arrière-petit-fils du fondateur de cette maison, vieille de plus d’un siècle.

Mais Bernard Meurens a eu une idée qui a failli être fatale à son usine, qui, bon an, mal an, engloutit annuellement 2.000 tonnes de fruits. Fin commercial, se voulant acteur d’une économie mondialisée, visant de juteux marchés à l’exportation, notre homme a demandé à l’Imam Askratni, chef de la communauté musulmane du coin, de bien vouloir certifier que son sirop de Liège était halal . Satisfaction lui fut donné.

Mais que n’avait-il pas fait !

A peine la nouvelle connue cet été, que la Belgique fut saisie par une violente polémique qui reprend avec la rentrée. Ses principaux contradicteurs lui reprochent de dénaturer le goût du produit, et relèvent que l’on y trouve désormais des dattes, preuve supplémentaire s’il en fallait que la modeste siroperie avait honteusement concocté un mets de choix pour djihadistes.

En fait, strictement rien dans la recette ni dans l’emballage n’a été changé.

Cela n’a pas empêché de bonnes âmes régionalistes de prêcher que cela nuisait à l’image de marque de tous les produits traditionnels du Pays de Liège.

D’autres intervenants n’ont pas hésité à appeler au boycott du pauvre sirop dans tous les supermarchés du Royaume. Et les réseaux sociaux se sont déchaînés, tout comme les invectives dans le courrier des lecteurs du quotidien local, La Meuse . Certains ont prétendu que la certification halal rendait le Sirop de Liège impropre à la consommation des catholiques – un comble pour un aliment assez étouffe-chrétien.

Ce n’est pas la première fois que les insultes, totalement infondées, volent bas ici dans des cas comparables, par exemple avec les bières sans alcool mises au point ici et dûment halalisées, au nom évocateurs de Sultane et de Émir .

C’est que les petits industriels qui en sont à l’origine ont bien lu un rapport récent du ministère régional flamand de l’Agriculture, selon qui le marché alimentaire halal représenterait en Belgique un milliard sept cent millions d’Euros par an.

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