Un questions-réponses réalisé avec Christine Dupré, en direct de Prague, en République tchèque

Vaclav Havel
Vaclav Havel © Radio France / Ministère des affaires étrangères

Un peu plus de quatre mois après la mort Vaclav Havel, on se bouscule dans les librairies de Prague et d’ailleurs en République tchèque pour acheter les livres « de » et « sur » l'ancien président.

C’est le cas de cet ouvrage qui s’appelle Dix ans avec Vaclav Havel .

Son auteur est Ladislav Spacek, il est l'ancien porte-parole du président. Que nous apprend ce livre sur Vaclav Havel pour connaître un tel retentissement ?

Il n'y a pas vraiment de révélation dans le livre de Ladislav Spacek, un homme assez raide, très préoccupé par l'étiquette et le protocole. Le livre parle cependant d'un Havel obsédé par la sécurité de son pays, hanté par les accords de Munich de 1938 : la trahison franco-britannique qui livra la Tchécoslovaquie à Hitler.

Havel avait deux à l’époque. Adulte, il en avait tiré comme leçon que les Tchèques devraient toujours avoir des relations privilégiées avec les Etats-Unis.

C'est ce qui expliquerait le soutien controversé que Havel apporta à Georges Bush lors de la guerre en Irak. - Vaclav Havel a été assez critiqué de son vivant. On le disait « rêveur » et pas assez « pragmatique ». L’opinion publique semble avoir changé d’avis. Quels souvenirs a-t-il laissé dans la société tchèque ? Interrogez ses proches ou l'homme de la rue. Tout le monde vous dira que Vaclav Havel était "un homme bien", un juste.

Les Tchèques voient aussi Havel comme quelqu'un qui a traversé les trois-quarts d'un siècle très difficile pour son pays sans se compromettre. Il a été persécuté, interdit d'étudier dans sa jeunesse par le pouvoir communiste. Il a été un opposant, emprisonné, puis il est devenu président. Et tout cela sans changer, en conservant jusqu'à la fin de sa vie sa malice, son courage et son humour.

Les Tchèques voient dans ce petit homme une forme d'idéal, le meilleur de ce qu'ils auraient pu être. Ils ont aussi considéré Vaclav Havel jusqu'à la fin comme un « protecteur », une autorité morale, même quand, après la fin de sa présidence en 2003, il ne jouait plus aucun rôle en politique. Mais ses compatriotes continuaient à penser que « tant qu'il serait là, ça n'irait pas trop mal ».

Beaucoup font un parallèle avec ce que représente pour les Sud-Africains, Nelson Mandela. - Et dans la classe politique tchèque, Vaclav Havel a-t-il laissé un héritage ou un dauphin ? Havel a laissé des institutions démocratiques qui fonctionnent. Mais l'élite politique d'aujourd'hui, ces quinquagénaires ou sexagénaires empêtrés dans des affaires de corruption, ne lui ressemblent guère. L'ancien président misait davantage dans les plus jeunes, ceux qui ont pu vivre dans un contexte démocratique.

Lui qui n'avait pas d'enfant avait un fils spirituel : Simon Panek, un étudiant leader lors de la révolution de 1989. Ce dernier travaille aujourd'hui dans l'humanitaire et nul ne sait s'il aura un avenir en politique.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.