Un reportage de Delphine Sureau, correspondante à Shanghai

Un homme en vélo, rue Dongtai, au marché des antiquaires.
Un homme en vélo, rue Dongtai, au marché des antiquaires. © Ryan Pyle/Corbis

Vieille femme :

Je te fais un bon prix… tu aimes bien cette tasse ? Elle est très belle avec des chinoises dessinées dessus. Ça, c’est pour mettre les feuilles de thé.

Vous venez d’entendre une scène de tous les jours au marché des antiquaires de la rue Dongtai, à Shanghai. Ce quartier, avec ses 200 étals, est devenu une étape incontournable pour les touristes à la recherche de vieux objets chinois et de kitch maoïste. Mais plus pour longtemps… Le marché des antiquaires vit ses dernières heures. Le mois prochain, c’est toute la rue qui sera rasée. Le terrain a été cédé à un riche promoteur immobilier.

Sur toute sa longueur, la rue Dongtaï est bordée d’étals de bric et de broc…

Les enfants y jouent au badminton… les adultes eux préfèrent le mah-jong. On retape des meubles, on négocie avec les chineurs. Un peu comme si le temps s’était arrêté… Pourtant, les vendeurs des années 80 - des shanghaiens qui vidaient leurs greniers - ont laissé place à d’autres antiquaires.

Li, acheteuse :

Je m’appelle Li. Je suis arrivée ici en 1996. J’ai suivi les gens de mon village de la province du Henan. On est tous venu faire des affaires ici.

- Qu’est-ce que vous vendez ici ?

Des vieilles affiches, des statues de Mao, des soldats de terre cuite, du jade… ces vieilles horloges ; il y a de tout.

- Où est-ce que vous récupérez les affaires que vous vendez ?

Ça vient d’un peu partout. Des fois, chez les gens dont les maisons sont détruites. __

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Ironie du sort – ce sera bientôt au tour de la rue Dongtai d’être rasée. Les bulldozers ont déjà commencé leur œuvre l’été dernier, en grignotant une grande partie du quartier.

Monsieur Zhu est spécialisé dans les vases en porcelaine de Chine… Dans l’arrière-cour de sa boutique, les lilongs, ces ensembles de petites maisons du début du 20ème siècle, ne sont plus que gravats. Une chaise cassée a été oubliée sur le sol.

C’est dans ce cadre déprimant que l’antiquaire lave les bols de son déjeuner… Il nous raconte qu’à l’époque de Mao, les lilongs – à l’image des hutongs de Pékin – étaient divisés en plusieurs appartements… Une famille entière pouvait vivre dans une seule pièce… Les maisons étaient en mauvais état…

Monsieur Zhu, spécialisé dans les vases en porcelaine de Chine :

Ce marché va disparaitre parce qu’ils ne veulent pas le rénover. Les autorités nous ont dit qu’à la place, on construirait un espace vert et une tour de 70 étages, pour les bureaux. Beaucoup, beaucoup d’étrangers disent que c’est regrettable. La rue Dongtai est connue dans le monde entier !

Ici, ils vont faire comme à Xintiandi, un quartier commerçant neuf qui ressemble à du vieux ; c’est le même propriétaire qui a racheté le terrain. On perd notre architecture traditionnelle, et ça c’est vraiment dommage ».

- Il y a beaucoup de quartiers comme ça à Shanghai qui disparaissent ?

Oui, oui, il en reste très peu. Bientôt, plus personne n’habitera ici.

A Shanghai, le neuf gagne toujours sur l’ancien… Depuis des années, la municipalité fait la guerre aux vieux quartiers – qui donneraient une mauvaise image de la capitale économique chinoise.

Avant le clap de fin, les antiquaires bradent donc leur stock et ils informent leurs clients, comme ce touriste hongkongais.

Touriste hongkongais :

Non !!! Je ne savais pas que le marché allait fermer ! C’est dommage, parce qu’ici on trouve des antiquités qu’on a du mal à trouver ailleurs. J’ai acheté des tissus traditionnels chinois, de style impérial… J’étais déjà venu en acheter il y a 4 ans, parce qu’à Hongkong, on en trouve rarement, et si on y arrive, c’est hors de prix.__

Le marché de Dongtai ne sera pas relocalisé. Les antiquaires les plus aisés loueront peut-être une boutique ailleurs en ville. Les autres – au chômage forcé - retourneront dans leur province d’origine emportant avec eux un morceau de la mémoire de Shanghai.

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