Un questions-réponses réalisé avec Carrie Nooten, en direct de Singapour

Drapeau singapourien
Drapeau singapourien © Calosci Loup

Un débat sur le service public vient de secouer la société singapourienne. Le Premier ministre et l’ensemble de son cabinet viennent en effet d’accepter de baisser leur salaire de près de 35% ! Pourquoi une telle décision ?

A première vue, on pourrait louer ce gouvernement pour son exemplarité en temps de rigueur. Il faut tout de même remettre les choses en perspective : il s’agit en fait d’une promesse faite lors des élections au printemps dernier, alors que l’écart entre les plus riches et la classe moyenne se creuse de plus en plus ici. Et si des voix réclamaient une réduction d’émoluments pour les hauts fonctionnaires, c’est tout bonnement parce qu’à Singapour, ils sont… millionnaires !

Un comité a donc fixé une nouvelle grille pour le gouvernement, basée sur les 1.000 plus hauts salaires du privé, puis réduite de 40% au nom de l’« éthique publique ».

Bref, les ministres, selon leurs grades, vont empocher de 600.000 euros par an à 1 million 3 d’euros pour le Premier ministre, Lee Hsien Long. C’est encore près de quatre fois plus qu’Obama ou huit fois plus que Cameron, le premier ministre britannique… pour l’administration d’une cité-état de 5 millions d’habitants seulement…

-Est-ce que cette baisse de salaires satisfait les Singapouriens ?

C’est très difficile à dire. Certes, la promesse de réexaminer les salaires a été réelle mais ils entendent tout de même l’argument du parti au pouvoir depuis 45 ans, avançant qu’il est nécessaire de s’aligner sur le privé pour attirer des personnes compétentes. La grande nouveauté, c’est qu’il y a une opposition au Parlement maintenant, et qu’il y a donc eu un vrai débat : les députés de l’opposition ont martelé que le service public devait être avant tout une vocation et non un boulot comme un autre.

Quant aux citoyens, ils ont plus de marge de manœuvre pour s’exprimer, sur internet notamment. Et ils n’hésitent pas à rappeler que le cabinet tout entier a vu ses salaires augmenter de, tenez vous bien, 60% il y a 5 ans seulement !

- La décision des ministres singapouriens pourrait-elle faire des émules dans les pays voisins ?

Accepter une baisse de salaire, je ne pense pas. En revanche, certains en ont profité pour citer Singapour en exemple dans leur propre pays et appeler de leurs vœux un alignement sur ces salaires.

C’est le cas du vice-président indonésien, Boedino : il a repris les arguments de bonne gouvernance (et sous-entendu d’un gouvernement théoriquement moins corrompu) du Premier ministre singapourien, lors d’une grande réunion de la fonction publique à Jakarta il y a quelques jours.

Et de toute façon, le deuxième leader le mieux payé du monde est déjà aussi en Asie, à Hong Kong !

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