Un reportage de Claire Martin, à Valparaiso, au Chili

Gloria Herrera :

Là, vit mon fils aîné, là-bas ma fille, là-bas ma petite-fille. D’ici, on ne me sortira que les pieds devant. Mes enfants sont nés ici. Non, moi, je ne pars pas ! Ça fait plus de quarante ans que je vis là !

L'incendie de Valparaiso
L'incendie de Valparaiso © MaxPPP/EPA

Gloria Herrera, 61 ans, réside désormais sur les hauteurs de Valparaiso, au Chili, sur les sur les flancs de la colline appelée La Croix.

Elle fait partie des plus de 12.500 sinistrés suite au gigantesque incendie qui a touché la ville portuaire il y a tout juste deux mois et demi.

Suite à cette catastrophe, le gouvernement chilien a fourni plus de 1.400 abris d’urgence. 18 m2 en bois et en tôle, bien fragiles face à la pluie, au froid et au vent de cet hiver qui commence au Chili.

Le toit s’est complètement envolé. Tout est trempé.

L'eau a complètement inondé la chambre, il y a de l’eau partout, et le mur du fond bouge avec le vent.

Le problème, c’est le vent mais aussi les matériaux de ces abris : ils ne sont pas fait pour un temps pareil !

Avec les premières pluies, les abris d’urgence du gouvernement ont montré leurs faiblesses. Or, c’est la solution que la majorité des sinistrés a choisie. Non seulement les matériaux fournis ne sont pas de très bonne qualité mais la plupart ont été construits par des bénévoles inexpérimentés.

Nicolas Avalos, 26 ans, fait partie des nombreux étudiants qui aident à la reconstruction :

Ici, la seule chose que fait le gouvernement, c’est fournir les matériaux pour fabriquer les abris. Ils viennent, ils les déposent, et ils repartent. C’est aux gens de se débrouiller ensuite pour construire leurs abris d’urgence ! Or, bâtir ici à Valparaiso est très compliqué, avec ces ravins. Donc que des gens qui n’ont pas d’expérience construisent les abris augmente encore les risques d’accidents. Déjà qu’ici, pratiquement tous les hivers, une maison s’écroule à cause des difficultés du terrain… Une maison pourtant construite par des professionnels !

Les gens affectés par l’immense incendie qui a brûlé plus de 3000 maisons font partie des plus pauvres du port de Valparaiso, cet amphithéâtre naturel surplombé de 42 collines. La plupart vivaient avant dans des maisons de bric et de broc. Ils ont l’habitude de vivre dangereusement.

Juan Pablo Villegas a 24 ans . Il vit dans un ravin qu’il ne veut pas quitter :

Ils veulent nous expulser d’ici ! Ils ont dit qu’ils allaient nous reloger sur une autre colline. Ils disent que c’est une zone à risque à cause de l’incendie, à cause des risques d’inondation aussi. Une fois, il y a eu un glissement de terrain juste au-dessus à cause de la pluie. On a échappé à la terre, maintenant au feu ! Mais ça ne nous fera pas partir, parce que toute notre vie est ici. Sur les autres collines, je ne connais personne. Ici, on a tous nos amis, notre famille. Eux, ce sont mes frères et sœurs… Je suis même son oncle ! Lui, c’est mon neveu !

Le gouvernement s’est en effet engagé à expulser des zones à risque. Ces zones correspondent aux ravins qui séparent les collines de la ville. Car avec la pluie et les mauvaises constructions, le danger d’alluvions guette les sinistrés.

Andres Silva, délégué présidentiel chargé de la reconstruction:

Les abris d’urgence situés dans des zones dangereuses sont de 200 environ. Par chance, nous n’avons eu, jusqu’ici à regretter aucune perte humaine, mais nous avons déjà subi deux ou trois glissements de terrains très dangereux. Nous sommes en train d’informer les familles de toutes les alternatives que nous leur offrons pour qu’elles prennent la bonne décision. Nous avons augmenté le montant des aides à la location.

L’attachement aux collines risque d’être plus fort. Une nouvelle catastrophe pend au nez de la ville portuaire.

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