Reportage d’, correspondante à Mexico

Ferlaa Estrada :

Officiellement je m’appelle Fernando Abelardo Pérez Estrada. Mais je veux changer, je veux m’appeler Ferlaa. Là, nous sommes dans la ville de Mexico, au registre civil et… allons-y! C’est au premier étage… __

Dans la capitale du Mexique, on peut choisir librement son genre depuis le mois d’avril. Plus besoin d’avoir recours à la chirurgie ou à une transformation physique : la nouvelle législation locale permet aux Mexicains de plus de 18 ans d’opter sans aucune contrainte pour un autre genre que leur sexe biologique. C’est une formalité qui ne dépasse pas une dizaine de jours. La personne transgenre ne doit plus faire valider sa décision par un entretien psychologique, et elle ne doit plus passer devant le juge comme c’était le cas auparavant. Le changement peut être effectué autant de fois que souhaité. Plus de mille personnes ont déjà bénéficié de cette réforme.

Ferlaa Estrada
Ferlaa Estrada © Radio France / Emmanuelle Steels

Fernando Estrada se présente un matin d’avril au bureau du registre civil de Mexico pour changer officiellement de genre et de prénom : elle sera désormais Ferlaa. Pour des questions de santé, elle ne peut pas suivre de traitement hormonal pour rendre son apparence plus féminine. Qu’importe, car désormais n’importe quel citoyen adulte peut choisir librement son genre sans réassignation sexuelle.

Ferlaa Estrada :

C’est un accomplissement. Les autorités assument seulement maintenant que je suis une femme, que je suis Ferlaa Estrada, mais je me suis toujours sentie comme ça. __

La procédure est simple, rapide et les frais administratifs ne dépassent pas les quinze euros. Laura Victoria Martes a reçu à 56 ans ses nouveaux documents d’identité de femme, après avoir été marié et père de deux enfants. Elle salue le fait que les personnes transgenres soient enfin les seuls maîtres de leurs décisions.

 Laura Victoria Martes
Laura Victoria Martes © Radio France / Emmanuelle Steels

Laura Victoria Martes :

La nouvelle loi nous donne une force, la certitude que c’est notre décision qui prime. Plus besoin d’un avis extérieur. Avant, on pouvait décider à notre place et nous dire: Ah non, il te manque encore un cil supplémentaire pour être une femme!… __

Du masculin au féminin, ou inversément : une personne peut changer autant de fois qu’elle le souhaite. Jacqueline L’Hoist, qui préside le Conseil de lutte contre la discrimination à la mairie de Mexico, explique que cette réforme s’appuie sur une nouvelle vision de l’identité de genre

Jacqueline L’Hoist :

Le genre est absolument personnel. Aucun gouvernement ne peut décider à ta place quelle est ton identité de genre. Nous, les autorités, nous ne voulons pas te juger. C’est à toi de nous dire qui tu es. Et notre seule responsabilité est de l’inscrire sur tes papiers. Et c’est tout! __

En 2009, la ville de Mexico avait déjà approuvé le mariage homosexuel, sans faire de vagues, sans manifestations. La réforme sur l’identité de genre est passée sans plus de résistance. Certains osent une hypothèse : dans une ville de plus de 20 millions d’habitants où il se passe tant de choses, plus personne ne s’étonne de rien.

Flyer de la campagne Mexico Trans
Flyer de la campagne Mexico Trans © radio-france / Emmanuelle Steels
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