Un reportage de Thibaut Cavaillès, à Ben Arous, en banlieue de Tunis, en Tunisie

Hosni : « J'ai été reçu par les autorités. On m'a dit que je participais aux manifestations. Alors les policiers m'ont frappé. Après ça, j'ai pris de l'essence et je suis allé me brûler »

La nuit, à quelques heures de l'évacuation, on se réchauffe autour d'un feu
La nuit, à quelques heures de l'évacuation, on se réchauffe autour d'un feu © Géraldine Hallot

Hosni à 40 ans. Il y a un peu plus d'un an, dans la ville de Kasserine, en pleine révolution tunisienne, il s'immolait par le feu. Il a survécu à ses blessures mais est encore hospitalisé aujourd’hui.

Hosni fait partie de ces gens qui ont voulu imiter Mohammed Bouazizi dont l'immolation, le 17 décembre 2010, avait déclenché le printemps arabe. Depuis cette date, les tentatives de suicide par le feu n'ont pas cessé en Tunisie.

Elles se sont même multipliées, en témoigne cette visite à l'hôpital des grands brûlés de Ben Arous, dans la banlieue de Tunis.

Le docteur Amenallah Messaadi s'est attaché à Hosni, la « vedette » du service de réanimation qu'il dirige à l'hôpital des grands brûlés de Tunis.

Docteur Amenallah Messaadi : « C'est un des premiers qui a été entraîné par la vague e l'immolation »

La peau d'Hosni est devenue carapace. Une trachéotomie lui permet de respirer. Il a été amputé de plusieurs doigts, ses mains sont comme pétrifiées.

Hosni : « C'était à cause du chômage. Chaque fois que j'allais voir les autorités, on me disait qu'il n'y avait pas de travail. Tout le monde est au chômage à Kasserine. Je ne savais pas quoi faire. Comment j'en suis arrivé là ? Je ne sais pas...Un jour, les autorités m'ont dit que je participais aux manifestations. Alors les policiers m'ont frappé. Après ça, j'ai pris de l'essence et je suis allé me brûler »

Hosni a commis son geste deux semaines environ après celui de Mohammed Bouazizi, comme beaucoup d'autres. 24 immolations en Tunisie en 2010, 4 fois plus en 2011. Le docteur Amenallah Messadi avait tenté de soigner Mohammed Bouazizi.

Docteur Amenallah Messaadi : « Je n’irai pas jusqu’à dire que Bouazizi a été un phénomène entrainant, mais la glorification de cet acte a, de manière implicite, encouragé cette population en détresse à recourir à cet acte en espérant obtenir le même résultat, soit pour eux, soit pour leur famille »

La commémoration de l'immolation de Mohammed Bouazizi ou l'anniversaire de la chute de Ben Ali, a incité d'autres à signifier de la même façon leur désespoir. Le docteur Messaadi a accepté de nous répondre en espérant que ce reportage montre qu'un tel geste est vain, car il déplore la médiatisation de ces actes. Chaque article, chaque reportage, dit-il, donne des idées, parfois jusqu'à l'absurde.

Docteur Amenallah Messaadi : « Le 31 décembre 2011, quelqu’un s’est immolé pour être le premier de l’année 2012, c’est pour dire ! »

Le profil de ces désespérés : autour de 35 ans, illettrés, la moitié environ ayant des antécédents psychiatriques. La plupart, en tout cas, est d'un niveau social très bas. Un problème qui reste d'actualité en Tunisie, la chute du régime humiliant de Ben Ali n'ayant pas tout réglé.

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