Un reportage d'Eric Samson, à Quito, en Equateur

Maria Belen Paez, présidente de la fondation Pachamama : « Le trafic a une racine principale : un marché mondial d’usagers qui veulent des bois fins chez eux, au bureau ou dans leurs entreprises. Il faut donc avant tout que le consommateur de bois précieux réduise ses achats ».

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Bois © Fotolia

Maria Belén Paez est présidente de la Fondation Pachamama, qui se spécialise en droit de la Nature et déforestation. Elle essaie de lutter contre le trafic de bois précieux, qui a fait l’objet, l’an dernier, d’une opération conjointe de 12 pays en Amérique latine, première opération du genre coordonnée par Interpol au niveau mondial, pour lutter contre ce fléau environnemental…

Août 2012 : les principaux responsables des unités de Police de l’Environnement du continent sont réunis par l’Interpol au Brésil. C’est le début de l’opération « Leaf » ou « feuille » en français, comme le raconte le capitaine Marcelo Valladolid, responsable de l’opération en Equateur.

Marcelo Valladolid : « On est resté 3 semaines à Manaus, au Brésil, à recevoir une formation de l’Interpol. Puis, chacun est rentré chez soi et nous avons tous commencé à planifier une opération commune à la même époque. Comme coordinateur pour l’Equateur, j’ai formé mon personnel, nous avons fait le point des endroits les plus sensibles en ce qui concerne la déforestation et le trafic de bois précieux et nous avons mobilisé nos hommes pour lancer l’opération ».

L’opération a duré 2 mois, en fin d’année dernière. Dans les 12 pays concernés, plus de 200 personnes ont été arrêtées et 50.000m3 de bois précieux saisis : l’équivalent de la charge de plus de 2000 camions. Outre la saisie de 150 véhicules, les ports ont été contrôlés pour essayer de limiter un trafic qui représente tout de même de 20 à 80 milliards d’euros tous les ans, selon Interpol.

Blastimil Zak est botaniste. Pour lui, c’est un bon début, mais il reste beaucoup à faire.

Blastimil Zak : «Il y a des contrôles sur les voies principales mais pas toujours efficaces. Il manque parfois des moyens de pression. Les trafiquants de bois sont souvent bien armés et quand les gardes forestiers les croisent, par exemple au contrôle de Lita, tout ce qu’ils peuvent dire c’est ‘passez Monsieur’ ».

Propriétaire d’un terrain isolé à quelques heures de Quito, Blastimil voit passer les trafiquants chaque fin de semaine.

Blastimil Zak : « De ce que je sais, le trafic de bois passe par les routes secondaires, les chemins mal entretenus où le trafic normal ne passe pas, où il n’y a ni contrôle de la police de l’environnement, ni des militaires. C’est le cas par exemple de l’ancienne route qui relie Quito à Santo Domingo via Chiriboga. J’ai un terrain dans ce coin et je vois les trafiquants passer constamment, simplement parce qu’il n’y a pas de contrôle ».

Eduardo Pichilingue suit de près la situation des Indiens en isolement volontaire. Pour lui, le trafic sera difficile à contrôler.

Eduardo Pichilingue : « Il y a des mécanismes qui permettent de légaliser le bois coupé sans autorisation officielle. La loi permet par exemple que le bois soit coupé légalement par le propriétaire d’un terrain. Mais il est très difficile de savoir où le bois a exactement été coupé faute de contrôles »

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Au-delà des problèmes de déforestation, le mode de vie des Indiens isolés est également menacé par le trafic. Le clan des Tagaeris a tout récemment tué deux membres de la tribu des Huaoranis, leur reprochant de ne pas bloquer le passage des trafiquants de bois précieux

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