Un reportage de Solenn Honorine, à Soweto, en Afrique du Sud

Thulani Madondo : « On ne peut pas juste croiser les doigts et se plaindre que le gouvernement ne fait pas ceci et cela, alors qu'on est aussi capable d'agir »

Thulani Madondo dirige l'ONG Kliptown Youth Project, ou « Projet pour la jeunesse de Kliptown », une ONG qui œuvre pour offrir une meilleure éducation aux jeunes sud-africains.

Les épreuves du bac, que l'on appelle « matric », durent depuis six semaines et se terminent demain. Elles constituent une étape cruciale pour des milliers de jeunes, car le matric est le passeport essentiel pour décrocher un bon travail, dans un pays où le taux de chômage avoisine les 30%.

Une petite fille rempli un seau d'eau, presqu'aussi gros qu'elle, au robinet public qui dessert 85 foyers. C'est l'envers du décor dans le pays le plus riche d'Afrique. A Kliptown, on est bien loin des larges avenues ombragées aux allures de Los Angeles des banlieues Nord de Johannesburg. Ses 45 000 habitants, dont les trois quarts sont au chômage, s'éclairent à la bougie et se chauffent au mazout, dans des cabanes en tôle ondulée qui sont brûlantes en été, glaciales l'hiver. Les enfants, eux, doivent marcher une demi-heure chaque matin, car ici, il n'y pas d'école. Mais il reste toutefois de l'espoir.

Andi Sowe : « J'ai grandi dans un bidonville. Mais dans dix ans, je serai dans une grande maison ! Une grande maison, avec une piscine, et tout ce qu'il faut ! Tout ce qui compte, c'est le bac. Il faut l'avoir, il faut une bonne éducation, et voilà

Son bac, la jolie Andi Siwé l'a eu grâce à cet homme, Thulani Madondo, 30 ans, qui arpente, sourire aux lèvres, la grande cour de récréation où les plus petits s'amusent. Une douzaine d'étudiants sur les 400 jeunes qui fréquentent son organisation, le KYP, ou « projet pour la jeunesse de Kliptown », sont immergés dans leur long marathon que sont les épreuves du bac sud-africain.

En cinq ans d'existence, 21 ados ont pu ainsi décrocher une place à l'université. Thulani en est particulièrement fier, lui qui est né et a grandi à Kliptown, et dédie maintenant sa vie à améliorer celle de la jeunesse du quartier.

Thulani Madondo : « Partir, quitter Kliptown, cela aurait été une trahison. C'est quelque chose que nous enseignons aux enfants et aux ados ici : si vous réussissez dans la vie, vous devez aider ceux qui sont encore en difficulté. C'est comme un ascenseur, vous savez: après qu'il vous a amené au quatrième étage, en haut, vous devez le renvoyer en bas pour que d'autres en profitent. »

Les enfants trouvent ici des livres scolaires, de l'aide aux devoirs, des ordinateurs branchés sur internet, deux repas par jour et une source d'inspiration, explique la jeune Lindiwe Manate.

Lindiwe Manate : « Si tu sais ce que tu veux, si tu sais ce que tu veux faire de ta vie, alors tu viens ici. Parce qu'ici c'est un endroit où vous rencontrez des gens qui ont un rêve, qui travaillent pour que leur futur soit brillant, qui veulent améliorer leur vie et leur communauté. C'est mon modèle, et c'est pour ça que je reste le plus souvent possible auprès de Thulani »

Kliptown est un de ces endroits cachés derrière les chiffres plutôt positifs des statistiques sud-africaines, là où les progrès sociaux sont restés quasi nuls depuis la fin de l'apartheid ; mais aussi là où, malgré les difficultés, des individus ont sur prendre leur destin en main et pallier aux carences béantes de l'Etat.

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