Un reportage d'Angèle Savino, à Caracas, au Venezuela __ > Emiliano: "Qu'est ce que vous faites ? Les autres: "Là, on est mort de faim, on est en train de faire à manger "Emiliano: "et bien mes potes, on va se faire une arepa !"

Arepa (pain venezuelien)
Arepa (pain venezuelien) © Luis A. Senior G.

Le Venezuela est un pays qui traverse une période de pénurie des biens de première nécessité, comme la farine de maïs précuit, qui sert à fabriquer le pain traditionnel, l’Arepa.

Pour faire face à cette situation, les membres d’un collectif de troc comme Emiliano, que vous venez d’entendre, ont décidé d’acheter20 kgde maïs. Et pendant trois jours, après leur travail, ils l’ont moulu eux mêmes, avant de le vendre ou le troquer.

Cette initiative est aussi un message pour pousser les Vénézuéliens à revenir aux modes de productions ancestrales, et à consommer des aliments sans produits chimiques.

A l’aide d’un moulin à grain, Emiliano Teran fabrique de la farine de maïs, pour se préparer une arepa, le pain quotidien des Vénézuéliens. Alors que la plupart des gens ont beaucoup de mal à trouver de la farine précuite, lui ira vendre ou échanger de la farine faite maison, sur un marché :

La farine de maïs précuite est fabriquée à partir des résidus du maïs. D’ailleurs cette farine est enrichie, car les restes contiennent peu de nutriments, à la différence du maïs pilé. Il faut revenir en arrière, se souvenir de l’origine de l’arepa : c’est un produit indigène, paysan, fabriqué à partir du maïs local qui se pilait. Au lieu d’acheter de la farine de marque « Pan », on pourrait créer des liens avec les producteurs du pays et à partir de leur récolte, on pourrait arriver à éliminer les intermédiaires qui augmentent trop le prix des produits. Et en plus de cela, on pourrait soutenir nos paysans.

José Moro cultive son lopin de terre dans une région agricole proche de Caracas. Il est venu vendre ses produits sur une place du centre ville, où des paysans de tout le Venezuela se sont retrouvés pour une première rencontre entre producteurs locaux :

Les gens se sont habitués à consommer la farine précuite et la farine toastée pendant très longtemps, qui contient plein de produits chimiques. Cela a affecté l’organisme de beaucoup de personnes et a produit beaucoup de maladies. Ce fût l’erreur du passé, mais je crois qu’aujourd’hui, nous n’allons pas de nouveau commettre cette erreur, nous continuerons de lutter pour que nos produits agricoles soient vendus à un prix juste pour le peuple, qu’il travaille ou ne travaille pas.

Mais le Venezuela, 5ème exportateur mondial de pétrole, est bien trop dépendant de l’économie rentière, estime José Luis Rios, un jeune chilien qui travaille dans une coopérative textile :

C’est une bénédiction et une malédiction d’avoir autant de ressources naturelles. Le Venezuela vit un processus de désindustrialisation depuis 50 ans et aujourd’hui, nous dépendons des importations. C’est une économie, dite « de ports ». La majorité des produits que nous consommons viennent de l’étranger. Pourquoi ? Et bien parce que nous sommes comme les gosses de riches, qui ne produisent rien et achètent tout déjà fait. Dire aux vendeurs ambulants qui vivent de l’économie informelle, de ne plus vendre dans la rue et d’aller travailler en se cassant le dos dignement, est une tâche titanesque de conscientisation de la société.

A long terme, le défi de l’économie vénézuélienne c’est l’autosuffisance alimentaire. Le Venezuela reste le seul pays d’Amérique latine qui soit un importateur net de produits agricoles et celui dont la production d’aliments représente la plus petite part du PIB : 6%.

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