__ Un reportage de Pierre Prakash , en direct de New Dehli, en Inde

Amit Sengupta, People’s Health Movement : « Pour de nombreux pays en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud, les médicaments génériques indiens constituent la différence entre la vie et la mort »

Médicaments Novartis
Médicaments Novartis © mjaniec

En Inde se déroule actuellement un procès qui pourrait avoir des retombées mondiales en ce qui concerne l’accès aux médicaments. Initiée par le laboratoire suisse Novartis, cette action en justice pourrait indirectement remettre en cause la législation indienne sur les brevets, et donc la capacité de l’industrie pharmaceutique du pays à continuer de produire des médicaments génériques. L’Inde qui est l’un des plus grands producteurs au monde de ces traitements à bas prix pour les pays du sud.__

Trois fois par semaine, Rashmi Warty va à la rencontre des patients de l’unité oncologique de l’hôpital Aiims de New Delhi. Employée de l’Association d’Aide aux Malades du Cancer, son rôle consiste notamment à distribuer des traitements gratuits aux patients les plus pauvres. Un programme qui, comme beaucoup d’autres en Inde, ne pourrait pas exister sans avoir recours aux médicaments génériques.

Rashmi Warty : « Si nous n’avions pas les génériques, il serait impossible de mener un tel programme, car ces médicaments sont si chers qu’avec nos moyens, nous ne pourrions plus financer que l’achat d’un seul médicament par patient »

C’est tout l’enjeu du procès qui se déroule actuellement devant la Cour Suprême. Car si, officiellement, Novartis ne fait que contester le refus d’un brevet dont a fait l’objet l’un de ces médicaments anticancéreux, le Glivec, sa démarche pourrait, indirectement, remettre en question l’accès aux médicaments génériques en général. Leena Menghaney, de Médecins Sans Frontières.

Leena Menghaney : « Si Novartis gagne, il faudra s’inquiéter de savoir si les laboratoires indiens qui produisent actuellement des médicaments génériques, par exemple des traitements contre le Sida ou la tuberculose, pourront continuer à le faire. Car concrètement, toutes les demandes qui arriveront au bureau des brevets devront désormais être étudiées à la lumière du précédent qu’aura créé Novartis devant la Cour Suprême »

Une victoire de Novartis ouvrirait en effet une brèche dans la législation indienne, en permettant aux laboratoires occidentaux d’obtenir des brevets sur des nouvelles versions de médicaments existants, ce qui est pour l’instant interdit. Une situation d’autant plus préoccupante qu’environ la moitié de la production indienne de génériques est exportée vers d’autres pays en développement, en Afrique, en Asie, et en Amérique du Sud. Amit Sengupta, du réseau People’s Health Movement.

Amit Sengupta : « Si les médicaments génériques indiens n’existaient pas, ces pays devraient débourser entre dix et cinquante fois plus d’argent pour obtenir les mêmes traitements de la part des multinationales occidentales. C’est ce qui se passerait si les génériques indiens devaient être remis en question via une modification de la législation indienne »

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En Afrique notamment, 80% des trithérapies distribués aux séropositifs proviennent des fabricants de génériques indiens.

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