Un reportage de Michel Picard à Nicosie, sur l'île de Chypre

Manifestants à Nicosie, Chypre
Manifestants à Nicosie, Chypre © Michel Picard
Manifestants à Nicosie, Chypre
Manifestants à Nicosie, Chypre © Michel Picard

Sur l'île divisée de Chypre, la colère gronde. Devant le palais présidentiel de Nicosie, chaque lundi, des milliers de Chypriotes-grecs manifestent pacifiquement. Un mouvement entamé au lendemain de l'explosion d'une cargaison d'armes sur une base navale, le 11 juillet dernier, à proximité d’une centrale électrique qui produisait 60% de l'électricité du pays. En ligne de mire, le président Christofias, accusé d'avoir mal géré le stockage des munitions.

Les Chypriotes n'ont pas pour habitude de manifester. Derrière l'apparence bon enfant du rassemblement, la colère est palpable, à l'image de Myria.

Myria : « Nous sommes juste des citoyens et n'appartenons à aucun parti politique. Nous sommes là pour manifester contre le président parce qu'à toutes les questions, il répond : je ne sais rien, je ne savais pas »

C'est pourtant le président Christofias qui, en 2009, ordonne sous la pression de l'ONU, la saisine des 98 containers de poudre à canons en provenance d'Iran et à destination de Syrie. Christalla se souvient de ses promesses d'alors.

Christalla : « C'était sa décision d'intervenir entre la Syrie et l'Iran. Il avait promis de rendre ces armes à la Syrie. Et résultat, nous avons treize morts et la plus importante centrale du pays totalement détruite »

Les responsables militaires avaient à plusieurs reprises dénoncé, en vain, les mauvaises conditions de stockage des munitions. L'explosion meurtrière, le lundi 11 juillet, a plongé ce pays de huit cent mille habitants dans le chaos, entraînant chaque jour quatre à cinq heures de coupure d'électricité pendant un mois et demi. Pour Panos, la vie de la société toute entière est affectée.

Panos : « Au-delà des treize morts, on a eu un terrible désastre avec la destruction de la centrale électrique, qui a des répercussions sur l'économie, sur la situation interne, sur les discussions de réunification. Mon espoir, c'est que le président ait le courage, à l'issue des investigations, de respecter la volonté de la majorité du peuple et donc, démissionne »

Avec une côte de popularité au plus bas, la fin de son mandat, qui court jusqu'en 2013, risque d'être longue pour Demetris Christofias qui ne cesse de rappeler qu'il a été élu par le peuple. Dès juillet, la coalition gouvernementale a volé en éclat et il se retrouve désormais isolé sur l'échiquier politique, comme l'explique Ioannis.

Ioannis : « Tous les partis sont contre lui, excepté son propre parti, qui fait trente pour cents. Tous les responsables doivent payer parce qu'on a perdu treize personnes et soixante-cinq ont été blessées. Tous les Chypriotes ont été blessés dans leur âme »

En attendant de réunir les deux milliards d'euros nécessaires à la construction d'une nouvelle centrale, de gigantesques générateurs de secours ont pris le relais, et Nicosie achète même de l'électricité en provenance de la partie turque de Chypre.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.