Un reportage de Nicolas Ropert, correspondant de Radio France Internationale à Kaboul, en Afghanistan

Anita Haidary :« La plupart des femmes ne veulent pas en parler. C'est un sujet tabou. Mais ça arrive à tout le monde et ça embête toutes mes amies. Et moi aussi, parfois. »

Première projection du film à Kaboul
Première projection du film à Kaboul © YWFC

Anita Haidary est une jeune afghane qui vient de réaliser un documentaire sur le harcèlement sexuel dans son pays, qui sera diffusé le 1er octobre sur une chaîne privée en Afghanistan.

Elle y montre et y dénonce les comportements des hommes, plus de 10 ans après le début de l'intervention des forces internationales dans le pays.

Alors que sous les Talibans, les femmes n'avaient pas le droit de sortir seules dans la rue, cette interdiction a été levée. Mais menaces, agressions, viols ou tout simplement paroles déplacées, tel est le quotidien de beaucoup d'Afghanes, quand elles sortent. C'est ce qu'a voulu dénoncer Annita Hairady dans son documentaire intitulé : « Ma voix, Mon histoire ».

Anita Haidary : « Ce documentaire présente cinq histoires de personnes différentes, de femmes qui ne travaillent pas dans le même secteur. Il y a, par exemple, une femme qui fait du business et qui est confrontée à tout un tas de problèmes : elle doit payer le double parce que c'est une femme, elle est harcelée, elle ne se déplace jamais seule, même lorsqu’elle marche dans la rue. »

La voix est déformée et l’on ne voit que les yeux des témoins, parfois leurs mains. Impossible de parler à visage découvert. Pour Anita, par ailleurs militante dans une organisation de jeunes femmes afghanes, il était temps d'évoquer ce sujet tabou.

Anita Haidary: « Le harcèlement sexuel touche en particulier la vie des femmes à Kaboul, parce qu’en fait, c’est la seule ville où les femmes sortent vraiment, en Afghanistan. Donc ce film montre qu'être une femme, ce n'est pas un crime. C'est un combat continu d'en parler et d'arriver à faire changer les choses . »

Une rue de Kaboul. Peu importe leur âge ou leur origine, les Afghanes savent que les pressions peuvent s'exercer à tout moment. Yalda, bientôt trente ans, se souvient d’avoir été prise à parti sur le chemin de l'école.

Yalda : « J'avais quatorze ans quand trois ou quatre garçons ont commencé à me suivre. Ils se sont approchés de moi et ont commenté les parties de mon corps. Je les ai arrêtés et je les ai interpellés en leurs demandant pourquoi ils faisaient ça. Et finalement, une foule s'est rassemblée autour de moi. J'étais très désespérée. J'ai pensé quitter l'école si je continuais à être traité comme cela dans la rue . »

Est-ce un problème de culture, d'éducation ou de religion ? C'est la question que se pose Reyhaneh. Cette Afghane a vécu toute sa jeunesse en Iran. Là-bas, les femmes sont davantage respectées, c'est en tous cas ce qu'elle observe.

Reyhaneh : « En revenant en Afghanistan, j'ai été victime de différents types de violence. Parfois, ce sont des insultes parce que je m'habille à la mode iranienne. Parfois, des hommes veulent me toucher. Ils font des remarques déplacées, veulent que je monte dans leur voiture. C'était vraiment très différent en Iran. »

Le documentaire sera diffusé sur une chaîne nationale afghane. Une victoire pour la réalisatrice et, elle l'espère, pour toutes les femmes afghanes.

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