Un reportage de Thibaut Cavaillès, à Madhia, en Tunisie

Un jeune Tunisien : « Ils ont caricaturé le prophète, alors qu’ils ne doivent pas porter atteinte à notre religion et au Sacré. Oui, ils méritent la prison ! Et même plus ! »

Madhia
Madhia © chiaruz79

Ce jeune homme de 24 ans, interrogé dans la petite ville de Madhia, sur le littoral tunisien, n’est pas tendre avec deux autres jeunes de la même ville qui viennent d’être condamnés à 7 ans et demi de prison pour avoir insulté le prophète et l'islam en publiant des textes sur Internet.

L'un est déjà en prison, l'autre a pris la fuite.

Dans la ville de Madhia, être athée est pire que tout.

« Perdu, perdu, j’ai perdu mon fils ! Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il a fait ? Même s’il est athée, il est libre ! »

Elle pleure son fils, la mère de Ghazi Béji, 28 ans, diplômé et au chômage depuis cinq ans, en fuite de peur de finir lui aussi en prison. Ghazi, en effet, a senti le vent du boulet quand son ami Jaber Mejri a été arrêté pour avoir diffusé sur Internet des textes jugés injurieux envers l'islam. Ghazi avait fait la même chose, allant jusqu'à traiter le prophète Mahomet de pédophile et d'assassin. L'affaire a démarré en mars, quand un avocat de leur ville, Mahdia, a porté plainte contre Jaber Mejri.

Fouad Cheikh Zaouali : « Je l’ai appelé et je lui ai demandé directement ‘pourquoi tu as fait ça, nous sommes tous des musulmans ? Il m’a dit, vous les musulmans vous êtes des hypocrites et le prophète est le premier des hypocrites. J’ai été surpris parce qu’il a insisté : ’j’ai fait ça, je suis conscient et je vais le refaire encore’. Il assume toutes ses responsabilités »

__

Jaber a, depuis, été jugé coupable fin mars pour notamment « atteinte aux bonne mœurs ». L’Appel a confirmé la peine : sept ans et demi de prison.

Ghazi a lui aussi été condamné, mais par contumace. Il nous répond depuis son exil dans le Nord de la Roumanie, où il a trouvé refuge après un voyage épique. Il a notamment dû traverser à la nage le fleuve séparant la Turquie de la Grèce et affronter les dents d'un religieux qui voulait le tuer car il était athée.

Cette notion d'athéisme, dans le monde musulman, est souvent inconcevable.

La mère de Jaber Mejri revient de la prison de Mahdia, où elle est allée voir son fils. Elle essaye de se convaincre qu'il est revenu dans le droit chemin : « Il a regretté ce qu'il a fait, il a dit ‘je ne sais pas comment j'ai fait ça, je ne sais pas pourquoi. Je suis fou ou quoi ?’. Et depuis, mon fils a recommencé à faire sa prière ».

Ceux qui, en Tunisie, soutiennent les deux internautes, se comptent sur les doigts de la main. Parmi eux, Bochra Belhaj Hmida, avocate à Tunis et activiste des droits humains : « Malheureusement, et ce n’est ni récent ni spécifique à la Tunisie mais c’est dans tout le monde arabe, nous n’avons jamais travaillé sur les libertés individuelles. On a toujours réfléchi à la liberté dans un cadre collectif, dans un esprit politique. Donc les gens, politiquement, ce n’est pas correct de les défendre ».

Jaber, en prison, attend un pourvoi en cassation.

Ghazi, lui, a obtenu de la Roumanie un passeport de protection subsidiaire. Il veut maintenant demander l'asile politique à la France. Et s’il l’obtient, Ghazi Béji confiait, plein de fierté, qu’il deviendrait le premier réfugié politique tunisien de l'après-Ben Ali.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.