Un reportage de Chrystelle Barbier, dans la région deSorochuco, au Pérou

Jorge Rimarachin, congressiste de Cajamarca opposé au Projet minier Conga :

Le jour où la mine va vouloir toucher les eaux du Pérol, la population va réagir au style d'Avatar et là c’est notre vie qu’on va mettre en jeu. La mine n’y arrivera pas. Elle ne peut pas toucher au lac.

Au Pérou, le député Jorge Rimarachin le sait : les habitants de Sorotchouco sont prêts à tout pour empêcher que l’immense projet minier baptisé Conga ne transvase l’eau du lac du Pérol vers une réserve. Coûte que coûte, ils défendront le lac qui alimente l’ensemble de leur vallée en eau.

Et pour éviter de se laisser surprendre par les tractopelles de l’entreprise minière, les paysans ont même mis en place un campement où ils montent la garde. Des paysans désormais connus comme les « Gardiens des Lacs » que nous avons rencontré au coeur des Andes,

Photo du lac Sibinacocha (5000m d'altitutde) au Pérou
Photo du lac Sibinacocha (5000m d'altitutde) au Pérou © Gvillemin

« A cause de la mine, il n’y a pas d’eau dans ma cuisine », crient en chœur les villageois de Sorochuco, le poing levé. Hommes, femmes, adolescents… Ils sont plus de 40 à être réunis dans le campement de fortune qu’ils ont installé à plus de 4000 mètres d’altitude, pour continuer la lutte commencée en 2011 contre l’immense projet minier Conga.

Bien que représentant un investissement record de 4,8 milliards de dollars sur 19 ans, Conga est ainsi loin de faire l’unanimité au Pérou. Une grande partie de la population locale refuse en effet que la mine remplace, comme elle l’avait prévu, cinq lacs de haute altitude par de grandes réserves.

Un point auquel s’oppose farouchement Helbert Cojahill, un habitant de Sorochuco qui s’inquiète pour le Pérol, un lac menacé par Conga.

Helbert Cojahill, un habitant de Sorochuco :

Cette eau que l’on consomme, elle provient du Lac du Pérol. C’est pour ca qu’on ne veut pas qu’en haut, ils touchent à nos lacs.

Craignant que Conga n’affecte les ressources hydriques et donc l’agriculture, les habitants de Sorochuco se sont joints, l’an passé, au mouvement anti Conga qui a obtenu la suspension du projet minier. Leur combat a cependant repris en juin quand des rumeurs ont annoncé la construction imminente de la réserve du Pérol. Un réservoir qui chercherait à prouver que Conga ne réduira pas la quantité d’eau disponible. Mais l’argument ne convainc pas l’agricultrice Maritza Bolaños.

Ce barrage se remplira de terre et de sable. Quelque chose d’artificiel peut-il remplacer quelque chose de naturel ? Non ! Ce n’est pas pareil et on ne les laissera pas faire.

Méfiants, les habitants de Sorochuco ont donc installé un campement face au Lac du Pérol pour monter la garde, comme l’explique Maruja Ortiz, une commercante .

Le rôle des gens sur le campement est d’avertir s’ils commencent à construire la réserve. Pour l’instant, ils n’ont pas touché au Pérol et c’est ce qu’on veut : qu’ils ne touchent pas le Pérol.

Pour assurer la surveillance, chaque village s’est engagé à envoyer sur le campement de 5 et 10 personnes qui se relèvent tous les trois jours. Au total, une quarantaine d’habitants montent la garde en permanence. Chaque famille est obligée de participer. Certains marchent même des heures pour rejoindre le campement, où ils dorment sous des tentes aux toits en plastique. Pourtant, ni le froid ni le vent souvent glacial ne semblent pouvoir affecter la détermination de ceux qu’on connaît aujourd’hui comme les Gardiens des Lacs. Des habitants qui, comme Maritza Bolaños , nient être manipulés.

Ici, il n’y a pas de politique. Ici la lutte c’est nous, le peuple, qui la faisons. Pourquoi on nous appelle « gardiens » ? Car on surveille au quotidien ce que font les entreprises transnationales qui font des dommages et sont sur le point de transformer en un désert Sorochuco.

Sorochuco, une région verte grâce au Pérol. Un lac pour lequel les gardiens assurent être prêts à donner leur vie.

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