Reportage de Sébastien Laugénie, envoyé spécial permanent de Radio France à Jérusalem

La mer morte est menacée par des cratères.

Le phénomène existe depuis des années mais il s’est accéléré récemment.

La baisse du niveau de la mer morte laisse en effet apparaître des trous béants dans le sol. Très dangereux. Parfois de plusieurs dizaines de mètres de profondeur.

Il existe des milliers de cratères tout autour de cette mer fermée. Un fléau menaçant le tourisme, l’agriculture et les habitants.

Les cratères de la mer Morte
Les cratères de la mer Morte © Radio France / S. Laugénie

Des panneaux pour prévenir les marcheurs. Attention cratères à ciel ouvert !!

Nous sommes là en bordure de la Mer Morte. Un jour de grand vent. A moins 500 mètres sous le niveau de la mer.

Et à nos pieds, de gigantesques crevasses. Il en existe 5000 de ce type tout autour de la Mer Morte.

Un panorama lunaire que nous décrit Gundi Shashal, membre de l’ONG Eco Peace Middle East.

Gundi Shashal, membre de l’ONG Eco Peace Middle East :

Il y a des cratères qui font plus de 30 mètres de profondeur. D’autres de 50 centimètres… Et ici, c’est tout le paysage qui est fait de cratères. On se croirait après un bombardement massif. C’est comme si tout le paysage était en train de s’effondrer. __

Ces trous, ces dolines, comme on les appelle en géologie, sont le résultat direct de la baisse du niveau de la mer morte. Elle perd 1 mètre 20 de profondeur chaque année. A cause du climat et des usines de minéraux.

Et en se retirant, la Mer morte laisse derrière elle des poches de sel, qui au contact de l’eau douce peuvent s’effondrer en quelques secondes.

4 personnes sont ainsi tombées dans les dolines depuis le début du phénomène dans les années 80.

Mais au-delà de la menace physique, c’est surtout une menace pour toute l’économie de la région.

Karmit ich shalom est hydrologiste. Elle vit dans le Kibboutz Ein Guedi, à quelques centaines de mètres de la mer morte.

Karmit ich shalom, hydrologiste :

C’est un très très gros problème pour toutes les infrastructures de la zone. Pour les routes, pour l’agriculture. Y a beaucoup d’endroits où l’on ne peut plus aller… Par exemple, à Ein Gedi, il y avait une plantation de dattes. Et durant la récolte, une machine est tombée dans une doline. Donc la compagnie d’assurance a fermé toute la zone. Maintenant le champ est tout sec, et nous n’avons plus de plantations. __

Il y a quelques mois, c’est même une partie de la route principale le long de la mer qui s’est effondrée. Il faut aujourd’hui faire tout un détour pour contourner les travaux. Effondré aussi un parking, juste en face d’une plage privée. Les cratères sont donc aussi un fléau pour le tourisme. Certaines plages ont dû fermer.

Et quand elles ne ferment pas, elles doivent s’adapter à la baisse constante de la mer morte. Comme la station balnéaire d’Ein Gedi. Où Rebecca Rendak assure la réception.

Rebecca Rendak :

La mer Morte s’éloigne. Chaque année, elle est plus loin, une centaine de mètres environ. On doit déplacer toute la plage à chaque fois. Il y a aussi une navette entre le spa et la plage. Et la navette va maintenant de plus en plus loin.__

L’une des solutions envisagées pour endiguer le phénomène c’est de renflouer la mer morte.

Un canal reliant la mer morte à la mer rouge est en projet, afin de ramener de l’eau de la mer Rouge.

Mais là c’est tout cet écosystème, unique au monde, qui pourrait être affecté.

Les cratères de la mer Morte
Les cratères de la mer Morte © Radio France / S. Laugénie
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