Un questions-réponses réalisé avec Christine Dupré, en direct de Bratislava, en Slovaquie

Douleur - seringue
Douleur - seringue © Mariano Ruiz

La Slovaquie, petit pays d’Europe centrale connait actuellement une véritable hémorragie de médecins hospitaliers.

Ceux qui restent réclament une revalorisation de leurs salaires et pour se faire entendre, les docteurs slovaques viennent d’utiliser les grands moyens.

En démissionnant de leurs fonctions, 1.200 médecins hospitaliers, dont des spécialistes, avaient, au début du mois, créé une situation d'urgence. Faute d'une augmentation substantielle de leur salaire, fixé jusqu'ici à 700 euros pour un jeune médecin et à 1.500 euros pour une chevronné, ils menaçaient tout simplement de partir à l'étranger. Ils voulaient également voir abrogé un projet de privatisation des hôpitaux.

Avec ce chantage, au départ, ils avaient repris une tactique employée avec un certain succès un an plus tôt par leurs collègues tchèques. Après une longue confrontation, le gouvernement slovaque a fait suspendre le projet de privatisation et cédé des augmentations étalées sur plusieurs années. Une partie des médecins démissionnaires ont repris leur fonction, mais les autres sont bel et bien partis, en Autriche ou même chez leur voisin tchèque. Ils ne croient pas que les autorités slovaques puissent tenir les engagements prix à leur égard.

La Slovaquie, qui perd déjà depuis plusieurs années des infirmières, a entrepris de recruter des médecins à l'étranger.

- Dans quels pays les hôpitaux slovaques peuvent recruter ?

C'est toute la question. La Slovaquie est un petit pays où les salaires des personnels hospitaliers sont assez bas. Elle ne peut pas recruter des médecins africains ou asiatiques qui, quand ils font le choix du départ, vont dans des pays européens plus riches.

Alors, les Slovaques recrutent en Europe centrale et orientales des docteurs hongrois, qui gagnent un tiers de moins, chez eux, que les Slovaques, des Roumains, des Serbes, des Ukrainiens...

En fait, on assiste, en Europe centrale, à un ballet incessant de personnel médical. Les plus pauvres remplacent ceux, un peu mieux lotis, qui essaient d'aller gagner un peu plus d'argent ailleurs.

- Face à tous ces mouvements de personnel dans les hôpitaux, comment réagissent les patients slovaques ?

En Slovaquie comme en République tchèque, les patients et leurs familles sont exaspérés par les grèves et les départs de médecins. Ils se plaignent aussi de problèmes de communication avec les médecins étrangers. Les gens comprennent que les docteurs souhaitent être mieux payés, mais ils aimeraient aussi que la profession se réforme et que l'on en finisse avec l'attitude arrogante des médecins vis-à-vis des malades et la pratique des enveloppes, à l'hôpital, pour être soignés mieux et plus vite.

Aujourd'hui, le secteur de la santé en Europe centrale est frappée par l'austérité et beaucoup regrettent que les gouvernements n'aient pas su profiter des vingt années d'essor économique de l'après communisme pour construire de bons systèmes de santé publique.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.