Un reportage de Solenn Honorine, dans le township de Diepsloot, au nord de Johannesburg, en Afrique du Sud

Lucky Manungbe :__ « J'ai laissé tomber mon carnet et mon stylo, à la place j'ai enfilé la salopette bleue et je ramasse la merde de la communauté ! »

Lucky Manungbe, volontaire de l'association locale Wassup Diepsloot, s'occupe de l’entretien des toilettes de ce grand township du nord de Johannesburg, en Afrique du Sud. Car les habitants de Diepsloot font partie de ce quart de la population sud-africaine auquel manquent des installations sanitaires essentielles.

Ici, 80 personnes partagent des toilettes publiques en très mauvais état et que le gouvernement n’entretient jamais. Un petit groupe d'habitants a donc pris l’initiative de se charger lui-même de la remise en état de ces sanitaires.

Lucky Manungbe : « Comme vous pouvez le voir, là, il y a une fuite dont on doit s'occuper. On ne peut pas tolérer ça, parce que c'est du gaspillage !»

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Lucky Manungbe est le Monsieur Toilettes de la section 1 du grand township de Diepsloot. Avec quatre autres volontaires de Wassup, il répare, débouche, récure, remplace les WC de 78 cabanes en tôle ondulée qui émaillent les rues défoncées du township.

Lucky Manungbe : « On ne pouvait pas rester les bras ballants. Ca suffit ! Le gouvernement nous a bien installé ces toilettes, mais ils n'ont jamais fait en sorte que lorsqu'il y a quelque chose qui casse ou un tuyau qui se bouche, il y ait des gens qui viennent réparer et améliorer les installations. On rend service au gouvernement, même si celui-ci ne veut pas écouter son peuple. »

Ce n'est pas rien, dans un pays où chaque semaine, on compte des manifestations protestant contre les lacunes dans les services offerts par le gouvernement à ces citoyens. Pourtant, son travail est souvent ingrat.

Lucky Manungbe : « Comme vous le voyez, le couvercle des toilettes est par terre. Mais dès juin, des gens vont simplement le prendre pour le brûler, ils disent que ça prolonge le feu pour se réchauffer. Le vandalisme c'est un problème. »

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C'est au robinet à l'extérieur des toilettes que les femmes viennent laver leur linge – le seul point d'eau courante dans le township. Andisiwa, par exemple, salue l'initiative de ses voisins, même si elle en reconnaît les limites.

Andisiwa: « Pour être honnête, si les gens ici ne les aident pas, ça ne sert pas à grand-chose leurs efforts. Parce que vous voyez bien, les gens ici, ils jettent leurs choses en plein dans les canalisations, et évidemment ça va tout boucher. »

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Lucky et les volontaires de Wassup ont donc peint les toilettes avec de belles couleurs vives, avec des messages très clairs : « aimez moi, respectez moi, prenez soin de moi ». Mais Jack Manyisi, explique que la sensibilisation a ses limites.

Jack Manyisi : « Il y en a qui disent : « oh, ça, ça appartient au gouvernement, alors je peux tout casser ». C'est à ça qu'on a affaire. Tout ce que les gens veulent, c'est obtenir enfin une maison subventionnée par le gouvernement. Alors quand vous travaillez sur le site, ils disent : « mais pourquoi vous réparer cela ! Ca veut dire qu'on ne partira jamais d'ici ! »

Avoir accès à des toilettes propres et fonctionnelles, c'est un aspect essentiel pour vivre dignement, même dans une grande pauvreté. Alors, les volontaires de Diepsloot ont promis de continuer leur travail, tout ingrat soit-il.

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