Un reportage d'Eric Samson, à Quito, au Pérou

Lénine Moreno : « Le meilleur commentaire que j’ai écouté sur cette candidature est celui d’un monsieur, à la radio, qui la contestait. Il disait : ‘pourquoi le proposer à un Nobel de la Paix s’il ne fait que le travail pour lequel il a été élu ?’ Je trouve qu’il a complètement raiso n »

Prix Nobel
Prix Nobel © Radio France

C’est de sa propre candidature au Prix Nobel de la Paix dont parle Lénine Moreno, le vice-président équatorien. Visiblement, il ne se bat pas pour l’obtenir ! Tout récemment, un groupe de ses compatriotes résidant en Norvège et des membres de l’Assemblée équatorienne ont proposé son nom pour consacrer son travail en faveur des handicapés.

Portrait de cet homme qui parle du handicap en connaissance de cause.

Lénine Moreno n’oubliera jamais la voix haineuse de ce jeune homme qui l’a attaqué dans la rue et l’a condamné à passer le reste de sa vie en chaise roulante. Les problèmes des handicapés, il les vit dans sa chair et dans son âme jour après jour. Cela en fait, du coup, un personnage à part dans la politique équatorienne, comme le rappelle le journaliste et politologue Fernando Larenas.

Fernando Larenas : « C’est un homme très spécial.Pas parce qu’il est paraplégique et en chaise roulante, mais pour sa façon de voir le monde positivement malgré ce qu’il a subi. Moreno a été victime de la délinquance à une époque où elle n’était pas si habituelle à Quito et où les gens pouvaient encore s’en indigner »

Lénine Moreno a découvert les vertus de la bonne humeur par hasard. Alors que la balle dans sa colonne vertébrale lui cause des douleurs permanentes, une blague racontée par un ami a soulagé la douleur. Il est, depuis, un véritable apôtre des vertus du rire.

Fernando Larenas : « Il parle avec force car il parle depuis sa position de victime. C’est beaucoup plus dramatique, mais sa voix porte plus, car il parle de la violence en connaissance de cause. Il en a tiré une philosophie différente de promotion du rire, de l’amabilité et de la bonne humeur, car pour lui le rire est une façon d’éliminer la douleur »

Lénine Moreno s’était reconverti dans la promotion du rire dans l’entreprise et dans la vie, lorsque Rafael Correa lui a proposé d’être son vice-président. Depuis son élection, il y a 5 ans, Moreno a utilisé les ressources de la vice-présidence pour lancer des programmes massifs en faveur des handicapés. Près de 300.000 ont été identifiés et aidés dans tout le pays. Un résultat applaudi par une large majorité d’Equatoriens, comme Alvaro Carrera.

Alvaro Carrera : « Je ne m’intéresse pas à la politique, mais le travail du vice-président est reconnu par tous. Il se bat pour l’intégration des personnes handicapées et pas seulement en les aidant financièrement, en aidant leurs familles, en leur fournissant tous les soins médicaux et ce dont ils ont besoin pour vivre décemment… Des lois ont été votées pour obliger les compagnies à réserver 4% de leurs emplois aux handicapés. Il y a aussi beaucoup d’efforts fait pour intégrer les enfants handicapés physiques et mentaux dans le monde de l’éducation »

Toujours modeste, doté d’une petite voix mais qui porte loin, Lénine Moreno assistait à un spectacle de cirque social destiné à écarter les jeunes des risques de la rue, lorsqu’il a précisé ce qu’il pensait du Prix Nobel de la Paix.

Lénine Morano : « Ceux qui méritent vraiment cette nomination au Nobel de la Paix sont les 14 millions d’Equatoriens, les milliers de volontaires qui se déplacent dans tout le pays et qui ont décidé de sauver de l’ignominie et de l’abandon des centaines de milliers d’Equatoriens handicapés »

La possibilité d’être candidat à un Nobel de la Paix ne devrait pas changer Moreno, qui résiste également aux tentations de la politique. Il ne sera pas candidat à la réélection.

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