Un reportage de Léa-Lisa Westerhoff,à Casablanc, au Maroc

Image du film Casablanca, 1942
Image du film Casablanca, 1942 © Trailer screenshot

5 dirhams, soit moins de 50 centimes d’euros : voilà le prix auquel sont vendus les DVD piratés à chaque coin de rue. L’industrie comme les salles de cinéma se disent victimes de ce business. Des 300 salles qui existaient jusque dans les années 90, il n’en reste qu’une trentaine, à moitié vides. Et au lieu des 40 millions de tickets de cinéma vendus dans les années 90, il n’y a eu que 2 millions de visiteurs l’année dernière.

Scène de tournage : nous sommes sur le plateau de Latif Lahlou, l’un des plus anciens réalisateur marocain. A 73 ans, il tourne son septième long métrage, une histoire de famille qui tourne mal. Mais avant même la sortie du film, le réalisateur n’est pas optimiste quant à son avenir.

Latif Lahlou : « On fait des films et on ne trouve pas comment les distribuer. Pour mon dernier film, j’ai fait 13 copies et je n’ai pu en diffuser en première sortie que 7 car il n’y avait pas suffisamment de salles. Rendez-vous compte : il reste à peine une cinquantaine d’écrans au Maroc, pour 35 millions d’habitants. Ce n’est pas du tout normal ! »

C’est l’hécatombe des salles de cinéma : en 20 ans, plus de 200 ont fermé et selon une étude récente, plus d’1 Marocain sur 2 ne va jamais au cinéma. En cause : l’arrivée de la télévision et des chaînes satellitaires bien sûr, mais pas seulement.

Pour Abdelhamid Marrakchi, exploitant de 3 salles, le piratage est en cause.

Abdelhamid Marrakchi : « Le Marocain ne va plus au cinéma parce pour cela il faut qu’il se déplace. Il faut qu’il paie un ticket à minimum 30 dirhams, soit 3 euros. Alors qu’il trouve le même film chez les pirates le jour-même de sa sortie aux Etats-Unis. Il est vendu à 5 dirhams, il le met sur la TV et il le regarde avec toute sa famille. »

Et c’est vrai qu’à quelques kilomètres de là, les étals de DVD piratés fleurissent, juste au bord de la route. Du film français à la grosse production américaine, tout y est.

Chaque année, 50 millions de DVD inondent le marché. Mais quand on accuse le vendeur de détruire le cinéma, voilà ce qu’il répond.

Un vendeur : « Il y a beaucoup de jeunes qui n’ont pas de travail. Dans l’architecture, dans l’informatique… Pour les diplômés, il n’y a pas de travail au Maroc. »

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Au Maroc, le secteur a pris une telle ampleur que les peines de prison prévues par la loi ne sont que rarement appliquées.

Résultat : pour Brahim Chkili, il faut faire des films qui donnent envie aux Marocains de se déplacer. Son premier long-métrage, « Road to Kaboul », a dépassé les 400 000 entrées.

Un record et la preuve pour le jeune réalisateur qu’un film marocain, ça peut marcher.

Brahim Chkili : « Cette industrialisation pour l’instant, elle est un peu artisanale, donc moi ce que j’espère, c’est que des films comme Road to Kaboul vont gagner de l’argent pour amener les investisseurs privés. »__

Car les investisseurs privés, c’est toujours ce qu’il manque au Maroc. L’Etat reste le seul soutien financier du cinéma et des salles : insuffisant pour sauver le secteur.

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