Un reportage de Sébastien Farcis, correspondant de RFI à New Delhi, en Inde

Puneet Puri:

Si vous voulez avoir une image de la pollution à New Delhi pendant l’été, faites de la moto avec un foulard blanc autour de la bouche. A la fin de la journée, il sera tout noir. Voilà ce que vous respirez.__

la pollution atmosphérique en asie freine le réchauffement
la pollution atmosphérique en asie freine le réchauffement © reuters

Puneet Puri tient un magasin aux portes ouvertes sur une avenue à la circulation très dense de la capitale. New Delhi est l’une des villes qui connait l’une des pires pollutions atmosphériques du monde, avant Pékin.

Une tendance d'autant plus préoccupante que les autorités indiennes ne font pas grand-chose pour contrer la contamination de l'air et prévenir son effet sur la santé de la population.

Les voitures et les motos-taxis dévalent l'avenue AnandMayee, dans le sud de New Delhi, et lèvent au passage un épais nuage de poussière.

Samcham Khatana, un habitant à la retraite, s'assied régulièrement sur le bord de cette route, au risque de sa santé : J'ai toujours mal à la gorge. Mes poumons sont bouchés. J'ai mal au thorax quand je tousse. Je sais que je devrais aller voir un docteur, mais je n'ai pas d'argent pour aller faire les tests.__

La concentration de fines particules toxiques qui sont composées de métaux lourds et pénètrent profondément dans l'organisme, a atteint des records mondiaux à New Delhi en décembre et janvier, à un niveau 20 fois supérieur aux recommandations de l'OMS.

Pendant cette période, cette pollution, créée principalement par les véhicules, reste en effet bloquée dans l'épais brouillard qui recouvre la capitale indienne. Un mélange périlleux, explique le pneumologue JC Suri :

Cette pollution affecte tout le monde. Beaucoup n'auront que des irritations à la gorge et des maux de tête, mais les plus sensibles, comme les asthmatiques, risquent des complications importantes pendant ces pics. Quand le gouvernement a mis en place des mesures anti-pollution, le nombre de ces patients a tout de suite chuté.

L'Inde est le pays où le taux de mortalité due à des maladies respiratoires est le plus élevé au monde. Dans la capitale, l'air était toutefois devenu plus respirable suite aux mesures lancées il y a une dizaine d'années. Des usines avaient été relocalisées en dehors de la ville, et 2 centrales d'énergie ainsi que les 100 000 motos-taxis de la ville, sont passées au gaz naturel. Mais à la différence des autorités de Pékin, le gouvernement de New Delhi a arrêté ces efforts après 2008. C'est ce que déplore Anumita Roy Chaudhury, directrice du Centre pour la science et l'environnement :

Nous avons réussi à réduire la pollution émise par chaque voiture, mais comme il y en a de plus en plus, cela ne sert à rien. 1.400 nouveaux véhicules sont immatriculés chaque jour à Delhi. Il sera difficile de limiter les achats de voitures, donc il faut réduire leur utilisation, en faisant payer les parkings ou en instaurant des taxes pour ceux qui utilisent 2 voitures. Cela changera l'attitude des gens.

Certaines de ces mesures sont déjà à l'étude par l'autorité régionale de New Delhi, mais leur approbation est ralentie par les élections au niveau local et national.

Les 17 millions d'habitants de la capitale devront encore patienter, et suffoquer un peu plus avant de voir leur ciel s'éclaircir.

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