Un reportage de Caroline Vicq, à Buenos Aires, en Argentine

Carolina, une Argentine présente sur la Place de Mai (la place principale de Buenos Aires): « Avant, on faisait du troc, on était femmes de ménage, nos maris n’avaient pas de travail. 10 ans après, on possède enfin tout ce qui nous manquait avant. »

Festivités du 25 mai en Argentine
Festivités du 25 mai en Argentine © Agustina Benitez Araujo

Carolina est venue samedi dernier célébrer la fête nationale argentine, mais aussi les 10 ans de l’arrivée des Kirchner au pouvoir. Nestor Kirchner d’abord, puis Cristina, son épouse, qui réalise actuellement son second mandat.

10 ans du modèle kirchnériste qui a permis aux Argentins de sortir de la crise économique.

Ambiance festive sur la Place de mai. Il y a 10 ans, sur cette même place, pas de tambour, mais des policiers tirant sur les manifestants. 2003 est bien loin. Carolina, venue assister aux festivités, se souvient.

Carolina : « On faisait du troc, nos maris étaient au chômage, j’avais des meubles qu’on m’offrait, tous vieux. Maintenant tout ce que j’ai est neuf, télé, frigo, j’ai même pu m’acheter une voiture. Mes enfants ont du travail et je suis partie à la retraite dans de bonnes conditions. Je suis très heureuse ! »

Dans la foule se faufile le vice-ministre de l’économie, Axel Kicillof, et il dit quelques mots.

Axel Kicillof : « C’est un autre pays. Il était complètement détruit. Emploi, bien-être, distribution des revenus… Aujourd’hui, il n’y a plus d’austérité, plus de politique néolibérale. L’Argentine a beaucoup changé. »

2003-2013 : le jour et la nuit. C’est ce que la Présidente appelle la « Decada ganada », la décennie gagnée.

Gabriela Agosto, sociologue spécialisée en sciences politiques et sociales : « Ca a été une décennie de croissance ininterrompue, une période de démocratie stable, d’émergence de droits de l’Homme, de droits civils. Mais malheureusement, je crois que pendant toutes ces années, l’Argentine a raté l’occasion d’un changement profond au niveau de sa politique fiscale, qui aurait pu être plus révolutionnaire et plus distributive. Et ces excellentes conditions structurelles ne vont pas revenir de si tôt… Donc je crois que ça a aussi été une décennie perdue, dans le sens où on a gâché une chance historique de changement. »

Les Kirchner auraient pu faire mieux mais ils ont pu sortir de la crise en quelques années grâce à leur modèle fondé sur les exportations et la consommation. L’Europe, et en particulier la Grèce, que l’on a tant comparé avec l’Argentine, peut-elle s’inspirer de ce modèle économique ?

Nicolas Gacette, économiste travaillant sur les questions sociales et économiques argentines : : « L’Argentine est un pays qui a des richesses naturelles que la Grèce n’a pas. En 2002, elle a pu repartir grâce à une forte dévaluation, ce que certains préconisent en Grèce : sortie de l’euro et forte dévaluation. Mais le problème, c’est que la Grèce n’a pas le soja, le maïs, la viande… Le boom argentin de 2006, c’est le prix des matières premières et des exportations qui sont aussi aidées par un contexte international très favorable, avec une demande très forte pour les produits que possède l’Argentine. Je ne suis pas certain qu’en Grèce, ce soit le cas. »

10 ans après, l’Argentine crée encore des emplois, mais l’activité s’est stabilisée. La dette est basse, mais le pays n’investit pas suffisamment. La croissance n’est plus de 8% mais de 2% par an, et l’inflation de 25% par an est un phénomène inquiétant.

Le modèle miracle a donc ses limites, même si beaucoup avouent qu’ils n’ont jamais été aussi bien qu’aujourd’hui.

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