Reportage de l'envoyé spécial permanant de Radio France à Jérusalem Sébastien Laugénie

Affrontements à Jabel Mukaber après des tirs de la police israélienne sur un chauffeur palestinien
Affrontements à Jabel Mukaber après des tirs de la police israélienne sur un chauffeur palestinien © corbis

Des voitures palestiniennes qui roulent légalement en plein Jérusalem. 15 ans après la deuxième intifada, c'était jusqu'ici impensable. Mais, depuis plus d'un mois, c'est une réalité auxquels les Israéliens vont devoir s'habituer.

L'Etat hébreu a en effet autorisé quelques dizaines de médecins palestiniens à utiliser leur voiture personnelle en territoire israélien. D'autres professions pourraient suivre.

Le docteur Saleh Radwane a toutes les apparences d'un médecin. Costume, valise et grosse voiture. Comme 450 autres docteurs palestiniens, il vit en Cisjordanie et il travaille en Israël, avec un permis, comme chirurgien orthopédique dans le plus grand hopital de Jérusalem. Jusqu'ici, tous les jours, il allait à son travail en bus, en taxi, franchissant les check point à pied. 2 heures de transport pour rejoindre son poste. Mais depuis le 12 avril, il ne met plus que 50 minutes. L'Etat hébreu l'autorise à passer en territoire israélien avec son véhicule. Immatriculé avec ses plaques vertes palestiniennes. Une vision à laquelle les habitants de Jérusalem ne pas encore habituer, raconte le dr Redwane.

Dr Saleh Radwane, docteur palestien :

Au début dans les premiers jours, j’avais peur. C’était très tendu. Les Israéliens ne savaient pas que j’avais la permission d’entrer. C’était très difficile pour eux de voir des voitures palestiniennes. Ils nous arrêtaient. Mais maintenant c’est plus facile, Surtout depuis que j’ai mis un signe sur la vitre arrière.__

A l'arrière de son véhicule, en effet, le Docteur Radwane a posé une pancarte qui précise qu'il a le droit de rouler en Israël. Mais il reste vigilant. Un de ses amis, lui, a récemment été mis en joue en pleine rue. Il a dû sortir les mains en l'air. Ces difficultés, les autorités israéliennes les avaient envisagées. C'est d'ailleurs pour cela qu'aujourd'hui il n'y a que 100 docteurs qui sont autorisés à rouler dans tout le pays. Une mesure expérimentale comme l'explique l'un des responsables du ministère de la défense, Meir Holtz.

Meir Holtz, un des responsables du ministère de la défense :

L’administration évalue plusieurs options pour alléger la vie de tous les Palestiniens, pas seulement des docteurs. Ces 100 premiers docteurs sont un test. Si ça marche, nous augmenterons le nombre de docteurs, puis nous essaierons avec les marchands, les hommes d’affaires. Je sais que des gens ne seront pas d’accord. C’est une des choses que nous allons tester, comment les citoyens vont réagir, mais jusqu’ici tout va bien.__

Pour les ONG qui défendent les droits des Palestiniens, ces gestes restent toutefois comme une goutte d'eau dans l'océan. 100 voitures vont pouvoir passer en Israël mais 2.5 millions de Palestiniens continuent de vivre derrière le Mur de Séparation. Mor Efrat est membre de Médecins Pour les droits de L'Homme.

Meir Ofrat, membre de Médecins Pour les droits de L'Homme :

C’est une blague. Ca nous montre juste la façon dont Israël contrôle très profondément ces Territoires. Le contrôle d’Israël est si profond sur la vie quotidienne qu’il peut affecter les moyens par lesquels quelqu’un se rendra à son travail.__

En attendant que d'autres docteurs le rejoignent sur la route, Saleh Radwane reste prudent.

A chaque fois qu'il gare sa voiture avec ses plaques palestinienne, il la recouvre d'une bâche, pour éviter les dégradations dit-il.

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