Reportage de Carrie Nooten, correspondante à Kuala Lumpur, Malaisie

Adam Adli :

Je suis impatient… Je n’ai… pas peur, je suis juste un peu inquiet, car je ne sais pas à quoi ça ressemble. Bien sûr, j’ai déjà été enfermé une semaine dans un commissariat, mais jamais dans une vraie prison. __

En Malaisie, il n’y a pas que le leader de l’opposition, Anwar Ibrahim, qui se prépare à un éventuel retour en prison : des journalistes, professeur ou étudiants comme Adam Adli qu’on vient d’entendre, s’attendent à être mis sous les barreaux prochainement.

Un caricaturiste a aussi été interrogé par la police la semaine dernière pour deux de ses dessins qui pourraient être jugés séditieux. En tout, cette année, près de 40 personnes ont été inculpées, ou entendues dans le cadre d’enquête, tombant sous le coup de la « Loi contre la sédition ». Une vieille loi de 1948, qui permet aux procureurs de qualifier n’importe quel propos d’offensant. Et en réaction à cette vague d’arrestations, un vaste mouvement populaire réclame l’abolition de ce texte.

Durcissement de la répression politique en Malaisie
Durcissement de la répression politique en Malaisie © Carrie Nooten

Adam Adli a 25 ans, et inculpé sous le coup de la loi contre la sédition, il sait qu’il ne pourra échapper à la prison. Son crime ? Avoir appelé à manifester après le résultat des élections l’an dernier. Pourtant, personne ne l’avait rejoint à l’époque. Mais cette loi est comme ça : vous pouvez d’ailleurs être poursuivi pour avoir critiqué quelqu’un, quand bien même ces critiques sont fondées. Adam Adli, lui, se dit prêt à faire ce sacrifice pour encourager les Malaisiens à ouvrir les yeux.

__ Adam Adli :

Utiliser la loi contre la sédition contre moi ne va rien stopper, donc la vraie cible, ce ne sont pas ceux qui se font arrêter, condamner… la vraie motivation derrière l’utilisation de cette loi, c’est de faire peur aux gens pour qu’ils ne rejoignent pas le mouvement, le combat – quel que soit le combat à engager en Malaisie… __

Durcissement de la répression politique en Malaisie
Durcissement de la répression politique en Malaisie © Carrie Nooten

Pourtant, jusque l’an dernier, la Malaisie semblait sur une voie d’ouverture… Le premier ministre avait même annoncé qu’il abolirait cette loi. Les analystes expliquent ce retour en arrière par une volonté du parti au pouvoir d’asseoir son autorité à tout prix. Le règne par la peur.

Des citoyens ont alors décidé d’agir : réunis au sein du groupement GHAH, ils ont remis au parlement il y a trois jours une pétition de 10.000 signatures.

Eric Paulsen, porte-parole du GHAH, croit à la pression populaire.

C’est d’ailleurs comme cela qu’une autre loi, qui elle permettait des détentions arbitraires, a été supprimée.

Eric Paulsen, porte-parole du GHAH :

En 2000, un groupe d’une centaine d’ONG s’était battu pour l’abolition de la loi sur la sécurité intérieure. Le GHAH s’inspire de ça, car ça a eu pas mal de succès, et environ 10 ans plus tard, la loi sur la sécurité intérieure a enfin été supprimée.

- Est-ce que cela va vous prendre 11 ans pour abolir la loi contre la sédition ?

Je n’espère pas ! On veut que la loi contre la sédition soit abolie dès maintenant !

Christopher Leong, président du barreau de Kuala Lumpur - Manifestation des avocats en Malaisie
Christopher Leong, président du barreau de Kuala Lumpur - Manifestation des avocats en Malaisie © Carrie Nooten

Même revendication du côté du Barreau de Kuala Lumpur : 500 avocats sont descendus dans la rue, ce qui est rare ici, pour demander au législateur d’abolir ce texte.

Christopher Leong, président du barreau :

Le principal problème est que la loi contre la sédition affecte vraiment l’espace démocratique : elle criminalise le droit de parler. La loi contre la sédition est souvent utilisée pour des infractions qui sont vagues, mal définies. Elle peut donc être utilisée de manière très objective, et avec des cibles particulières.

Adam Adli ne sait pas combien de temps il lui en reste avant que son cas ne passe en appel. Alors avec d’autres, il organise des cours de philosophie, de politique pour les plus jeunes... Il espère que ce très récent mouvement de protestation va continuer à prendre de l’ampleur

Adam Adli :

Quoique j’ai fait, cela a permis d’engager un débat parmi les étudiants, sur ce qui est notre rôle dans la société. En ce moment, n’importe où dans le monde, il y a de grands mouvements… à Hong Kong, à Taiwan.

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Depuis notre rencontre, la contestation s’est d’ailleurs propagée à certains campus.

Durcissement de la répression politique en Malaisie
Durcissement de la répression politique en Malaisie © Carrie Nooten
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