Un questions-réponses réalisé avec Régis Gente, en Ouzbékistan

Fleur de coton
Fleur de coton © ecololo

En Ouzbékistan, une soixantaine de grandes marques de vêtements viennent de promettre de ne plus acheter le coton de cette ex-république soviétique d’Asie centrale, car le troisième exportateur mondial a recours au travail forcé des enfants pour récolter son or blanc. Et donc, en cette période de récolte du coton, les jeunes Ouzbeks ont dû déserter les bancs de l’école ?

Absolument, et pas de leur plein gré. Pour avoir observé ce travail, je peux dire que cette récolte n’est pas une partie de plaisir, à cause du soleil de plomb en Ouzbékistan à [en] cette saison et du fait que le coton, la plante, n’est pas aussi douce que les petites houppes qu’elle produit. Mais comme aux plus sombres heures de l’URSS, c’est toute l’administration du ministère de l’Education ouzbek qui est requise pour mobiliser chaque année cette jeune main d’œuvre, corvéable à merci. Sous pression du pouvoir central, l’administration du ministère de l’Education, en lien avec les gouverneurs régionaux, force littéralement deux millions de jeunes du pays à passer environ un mois dans les champs ouzbeks, à l’automne, pour récolter l’or blanc. La dictature ouzbèke n’a cure des mains écorchées des écoliers et étudiants. Elle est toute à ses calculs de rentabilité. Le régime, qui est resté très soviétique dans sa gestion de l’économie, en plus d’être extrêmement corrompu -il figure tout de même à la 172ème position (sur 178) au classement annuel de Tranparency International- n’a rien trouvé de mieux pour vendre à prix compétitif son coton sur le marché mondial.

-Comment en est-on arrivé à ce boycott ?

Cela a été un long combat. Il a fallu des années de lobbying et de campagne de la part de beaucoup d’ONG, comme « As you Sow », aux Etats-Unis, pour que des marques, parmi les plus connues, acceptent enfin de ne plus vendre des vêtements tissés avec du coton ouzbek. Pendant des années, ces grandes marques sont restées sourdes aux rapports publiés par ces ONG, prouvant pourtant combien Tachkent avait recourt au travail des enfants pour récolter son coton. Et puis, en 2007, un confrère britannique, a réussi à filmer les petits Ouzbeks dans les champs de coton. Le documentaire a été montré par la BBC et cela a conduit certaines grandes marques de vêtements à considérer qu’il n’était plus possible d’acheter le coton ouzbek.

- Cela va-t-il amener le gouvernement à ne plus avoir recours au travail des enfants ?

Pas sûr. Un fonctionnaire du pays a fait savoir que comme l’Ouzbékistan exporte surtout en Russie, en Chine, au Bangladesh ou en Inde, les effets de cette campagne de boycott seront très limités. C’est fort possible. Cela dit, même les dictatures sont sensibles, voire très sensibles, à leur image. Mais tout le problème, en Ouzbékistan, est de réformer le pays, de le faire sortir de ce système économique soviéto-mafieux où les puissants du coin n’ont guère intérêt à se passer d’une main d’œuvre gratuite.

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