Un reportage d'Emilie Baujard, à Bethléem, en Cisjordanie

Talal Atala : « Si on veut faire une comparaison : un Israélien qui vit dans une colonie consomme en moyenne 10 à 15 fois plus d’eau qu’un Palestinien »

Vue de Bethléem
Vue de Bethléem © paulthielen

Talal Atala est ingénieur à la Compagnie des eaux palestinienne. Comme beaucoup, il dénonce les accords de partage de l’eau signés avec Israël en 1993 et qui ont instauré une répartition inégale des ressources.

Les Palestiniens vivent en moyenne avec 70 litres d’eau par jour, ce qui est bien en deçà des recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé.

A Bethléem, en Cisjordanie, on souffre en permanence de problèmes d’approvisionnement en eau.

Les maisons palestiniennes sont facilement reconnaissables à leurs citernes noires installées sur les toits, qui permettent de stocker l’eau entre deux approvisionnements. Car dans le district de Bethléem, les 30 000 habitants ne reçoivent de l’eau que toutes les 2 à 3 semaines.

Klauje Ada vit dans le camp de réfugiés de Deisheh à Bethléem.

Klauje Ada : « En général, ici, on reçoit de l’eau toutes les deux semaines. Donc tous les quinze jours, nous avons deux jours d’eau courante. On en profite pour faire des réserves, on stocke l’eau sur les toits, et ensuite on utilise l’eau qu’on a collectée jusqu’au prochain approvisionnement. Mais ça ne suffit pas. On n’en a jamais assez pour couvrir nos besoins »

C’est la municipalité de Bethléem et donc l’autorité palestinienne qui s’occupe de distribuer l’eau qu’elle achète à Israël, comme l’explique Talal Atala, ingénieur à la Compagnie des eaux.

Talal Atala : « Les sources sont en Cisjordanie, mais ce sont les Israéliens qui les contrôlent. Ils pompent l’eau principalement pour leurs colonies et leurs bases militaires et ils nous en vendent une petite quantité. On recevait plus d’eau en 1998 qu’en 2012, alors que la population de Bethléem a augmenté de 30% ! »

Aujourd’hui, un Palestinien utilise en moyenne 70 litres d’eau par jour, contre 300 pour un Israélien.

Les Palestiniens demandent depuis des années la renégociation des accords concernant le partage de l’eau avec Israël, mais pour l’instant, la situation est figée.

En attendant, les habitants de Bethléem s’organisent. Là où habite ce jeune Palestinien, rien ne coule des robinets depuis plus de deux mois.

Un jeune Palestinien : « La majorité des gens ici essaient d’utiliser le moins d’eau possible pour qu’elle dure le plus longtemps possible. Ils prennent des douches tous les deux ou trois jours, ne lavent pas souvent leurs vêtements. Certaines familles mangent dans des assiettes en plastique car ils n’ont pas d’eau pour faire la vaisselle »

Beaucoup sont aussi obligés d’acheter de l’eau en plus à des prix exorbitants. C’est notamment le cas des hôtels de Bethléem. Principale ville touristique de Cisjordanie, Bethléem accueille près de deux millions de touristes par an. Et pour qu’ils aient de l’eau à peu près en permanence, Rana Kumsia dépense plus de six cents euros par mois pour faire venir de l’eau en plus dans son hôtel de cinquante chambres.

Rana Kumsia : « Imaginez que vous restiez dans un hôtel et qu’il n’y ait pas d’eau pour prendre une douche ! On explique le problème aux clients mais ils ne nous croient pas ! Car ce problème-là n’existe pas en Israël, ni dans la plupart des pays du monde non plus »

Cette gestion de l’eau pose aussi des problèmes sanitaires. L’eau stagne, les réseaux de distribution sont vétustes et les maladies liées à une eau de mauvaise qualité ont augmenté de 64% dans certaines communautés.

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